Polonnaruwa, capitale historique du Sri Lanka

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Rédigé par Nathalie Cathala

Un regard sur le monde, du bout de la Plume et de l'objectif. Depuis 2003, Nat partage ses récits et photos de dix années de circumnavigation, puis six ans de vie insulaire dans la Pacifique, à Maurice et Martinique, à présent installée à la frontière entre France et Espagne, l'aventure continue.

30 avril 2022

Polonnaruwa, classée au patrimoine de l’UNESCO, fut la capitale du Sri Lanka dès le Xe siècle de notre ère. Elle tint son rôle central jusqu’au XIIIe siècle. Le site est extraordinaire par ses dimensions et la richesse des témoignages d’un âge d’or au Sri Lanka. Une journée à vélo permet d’en cerner l’essence et de dénicher quelques havres au coeur d’une nature généreuse.

Polonnaruwa, ou la renaissance du prestige du Sri Lanka

Une journée bien remplie

Accueil grinçant

L’hôtel où nous logeons nous loue des vélos pour la journée. Départ à 9h, pour une visite marathon du site qui s’étend sur plus de 120 hectares. À la billetterie, l’instinct de protection se met aux aguets. Nous sommes harcelés par de « faux-guides » et deux singes qui dévorent la scelle de mon vélo. Dom s’occupe des « humains », il se fait littéralement agresser, mais la manoeuvre « commerciale » tourne court face à un Dom pugnace. Pendant ce temps, je négocie mon vélo avec un singe aux « sourires » guerriers.

Quelle entrée en matière !

Un brin de découragement

Nous pensons trouver asile en pénétrant dans le site. Le prix d’entrée étant fixé à 25 dollars par personne (ce qui est énorme non seulement à l’aune du niveau de vie du pays, mais également dans le budget d’un voyage) nous imaginons que la tranquillité fera partie de la visite.

Hé bien non !

Pendant toute la matinée, nous sommes talonnés, importunés, assaillis par des requêtes de toute sorte. 

Nous déclinons poliment, jusqu’à ce que l’un des pseudo-guides nous hurle : « vous êtes touristes, en tant que touristes vous êtes obligés d’acheter, de payer, vous êtes ici pour ça…! »

Wôw !

Je comprends que la situation du pays ne soit pas brillante. Néanmoins, les poches des voyageurs ne sont pas des cornes d’abondance desquelles coule l’or sans discontinuer. Je comprends le désarroi d’une population qui a besoin de vivre du tourisme. Il y a là, matière à réflexion, entre le prix d’entrée prohibitif qui nous vide les poches et l’agressivité des marchands du temple.

Nous en avons discuté avec nos amis srilankais. Et j’ai été étonnée qu’ils nous conseillent de dénoncer auprès des autorités ces personnes. Une autre solution sera trouvée, j’en suis certaine. Ce pays nous a trop bien accueillis jusqu’ici pour en venir à de telles extrémités. Néanmoins, ce comportement insistant et agressif nous a abasourdis, compte tenu de la bienveillance naturelle qui anime le peuple srilankais. 

L’homme aux serpents

Non loin du « palais royal » de Parakramabahu, aux abords d’un bassin à l’architecture complexe, un homme nous aborde avec gentillesse.
Dans ses paniers des cobras, autour du coup un python.
Quelle charmante compagnie!
Dom a toujours aimé les serpents. Mais je ne cautionne pas l’utilisation d’animaux, vous le savez, fût-ce des serpents qui ne font pas partie de mes petits copains d’aventure. Le charmeur de serpent discute, tandis que son python est irrésitiblement attiré par Dom. Un regard au cobra qui semble vouloir prendre part à la conversation… 

La paix retrouvée

Dès que nous nous éloignons des principaux centres d’intérêt regroupés au début du parcours, nous parcourons des allées délicieusement ombragées, nous trouvons de véritables havres, où nous goûtons une tranquillité solitaire. Dans un écrin naturel, les ruines apparaissent une à une. Les itinéraires sont nombreux. Dom s’oriente grâce à la carte reçue à l’entrée. À partir de la mi-journée, nous ne rencontrons plus que quelques moines silencieux. Un voyage hors du temps que nous savourons, oubliant les embarras de la matinée.

À la pause de midi, Dom est surveillé par un singe. Il reste très poliment sur sa branche d’arbre, louchant sur les morceaux de mangue.

Dans l’après-midi, nous nous offrons le luxe inestimable de déambuler seuls autour du fameux Rankot Vihara, l’incontournable stupa. Haut de 54 mètres, il fut édifié au XIIe siècle par le roi Nissanka Malla, une « vieille connaissance » que nous avons croisée à Dambulla.

À l’école des petits moines

Après un après-midi solitaire, nous retrouvons l’effervescence du site de Gal Vihara. À notre arrivée, une école de novices sort d’un car. Nous suivons la classe qui nous mène aux quatre bouddhas sculptés dans la roche :

  • Un bouddha allongé de 14 m
  • Un bouddha debout de 7 mètres
  • deux bouddhas assis
Rien ne bouge ici depuis le XIIe siècle.

Nous découvrons des bassins en forme de lotus, des restes encore grandioses de temples s’élevant vers le ciel, des antres cachant des bouddhas, dont les yeux de saphirs, aujourd’hui disparus, embrasaient les murs d’une lueur bleutée. Ici, les couloirs du temps nous donnent accès à un passé prestigieux. Les pierres gravées sont de véritables livres ouverts qui nous dévoilent l’Histoire du pays. Elles parlent du quotidien d’antan, des prouesses d’une dynastie qui résista au joug des invasions et des guerres intestines.

L’Histoire d’un colosse aux pieds d’argile 

Naissance de Polonnaruwa

Depuis le IVe siècle avant notre ère, Anuradhapura est le centre politique, religieux, culturel du Sri Lanka. La première capitale du pays prend un tel essor qu’elle est, au Ier siècle de notre ère, l’une des dix plus grandes villes du monde. Elle conserve son aura de prestige jusqu’au Xe siècle de notre ère.

Attirée par le rayonnement d’une civilisation vieille de 1300 ans, l’ambitieuse dynastie Chola investit le pays. C’est l’une des trois grandes familles tamoules régnant sur l’Asie du Sud-Est à la période antique. Les Chola dominent, alors, une grande partie de l’Inde, ils conquièrent tous les territoires jusqu’au détroit de Malacca.

Il ne manque qu’un joyau à leur couronne : le Sri Lanka.
En 993, ils envahissent le nord de l’île et écrasent Anuradhapura.

Dès lors, tout le nord de l’île tombe sous l’emprise tamoule.

Une nouvelle capitale pour les vainqueurs

Le site de Polonnaruwa est utilisé depuis le VIIIe siècle de notre ère par les moines bouddhistes. Quelques vestiges de statues et temples témoignent encore de leur présence. Les Chola décident d’en faire leur capitale. Pendant un siècle la civilisation tamoule règne sur la moitié nord de l’île.

Mais où est donc passée la dynastie singhalaise ?

La dynastie singhalaise n’est pour autant pas éteinte. Elle s’est repliée dans le royaume de Ruhuna. Elle attend son heure et continue de veiller sur sa religion monarchique : le bouddhisme. En 1039 naît Vijayabahu, sous le nom de Kitti (Keethi), fils du roi Moggallana et de la Reine Lokitha.

Surgi de l’ombre

À l’âge de 16 ans, en 1055, Vijayabahu chasse les Chola et prend le contrôle de Polonnaruwa où il installe sa capitale. Durant son règne, il rétablit le bouddhisme en tant que religion d’État et répare les dommages causés par la guerre. Il est l’artisan de la réunification du pays. Lorsqu’il meurt, son fils est trop jeune, et c’est son frère qui monte sur le trône. Pendant ce temps, les petits royaumes régionaux en profitent pour prendre quelques libertés émancipatrices.

Le héros de Polonnaruwa

Le fils de Vijayabahu, Parākramabāhu Ier, monte sur le trône en 1153. Il laisse une marque indélébile sur Polonnaruwa. Il parachève l’oeuvre de son père, rendant à son pays la prospérité et le prestige qu’il avait connus jadis. Il est célébré dans les chroniques en tant que souverain modèle, protecteur du bouddhisme et bâtisseur.

Il est le dernier roi du Sri Lanka à rétablir l’unité du pays. 

En effet, lors de son intronisation, le pays est divisé en trois royaumes régionaux. Il pacifie le pays, gouvernant sur l’ensemble de l’île.

Roi bâtisseur et bienveillant

L’eau pour une renaissance providentielle

« Pas même une goutte de pluie doit arriver à l’océan sans être rendue utile à l’homme » est l’adage le plus connu du roi Parākramabāhu Ier.

L’eau est la priorité absolue de son règne. Par elle et son exploitation ingénieuse, le roi rend à son pays l’autonomie alimentaire. Il construit plus de 165 barrages et 3910 canaux afin d’amener l’eau en direction des plantations. Ceux-ci ont également pour fonction d’alimenter les nombreux « bains royaux » de la capitale.

Et c’est reparti …

Grâce à l’autonomie retrouvée, le commerce et l’agriculture peuvent à nouveau se développer et enrichir le pays.

  • Le roi veille au bien-être de son peuple et fait construire des hôpitaux et des unités de protection sociale.
  • Il soutient les arts et encourage l’expansion et l’embellissement de Polonnaruwa.
  • Il réorganise l’armée et réforme les pratiques bouddhistes.

Pendant deux siècles, Polonnaruwa est la figure de proue du Sri Lanka. Le pays reprend sa place en tant que pôle culturel, religieux et politique majeur de l’Asie du Sud Est.

L’unité srilankaise, à jamais brisée

Au XIIIe siècle, la dégradation du système hydraulique, la recrudescence des invasions venues de l’Inde, l’apparition du paludisme, et les divisions intestines minent l’autorité de Polonnaruwa. Une conjoncture qui mène au XIVe siècle à la séparation entre communautés tamoules et singhalaises. Un royaume tamoul indépendant s’établit sur la péninsule de Jaffna, à l’extrême nord de l’île. Tandis que la capitale singhalaise se fixe après moult vicissitudes à Kotte (environs de Columbo).

Cette séparation entre communautés, agravée par la colonisation britannique, a conduit à la guerre civile qui opposa dès 1983 le gouvernement du Sri Lanka dominé par la majorité cinghalaise bouddhiste, et les Tigres de libération de l’Îlam tamoul (LTTE), organisation séparatiste luttant pour la création du Tamil Eelam, un État indépendant dans l’Est et le nord du pays. Le conflit fait 80 000 à 100 000 morts entre 1972 et 2009 selon l’ONU. Si le conflit prend fin en 2009, le Sri Lanka est régulièrement touché par des vagues d’attentats meurtriers.

La suite en images

Retrouvez  tous les articles et vidéos sur le Sri Lanka  :
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14 Commentaires

  1. Françoise

    Quelle aventure Nat…un début pas facile mais qui se termine bien..merci pour ce merveilleux récit accompagné de magnifiques photos si bien décrites ce voyage fut très intéressant et instructif Merci

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier à sa première impression 😉 Bonne soirée, et merci de ta lecture

      Réponse
  2. Marie-France

    Merci très chère Nat Dom pour nous faire partager ton Oasis ! Tu nous emmènes avec toi sans te lasser, pour notre plus grande joie.
    Merci de nous émerveiller partout où ton coeur arrive à te conduire…. ….et nous avec toi.
    Bises soufflées vers toi.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Très gentil commentaire, merci beaucoup, et à bientôt pour d’autres aventures

      Réponse
  3. Dany

    Impressionnée par l’histoire, et ta jolie plume pour nous la conter, les images sont sublimes, dommage pour le début, en espérant sans les dénoncer qu’ils comprennent que leur comportement doit changer.. Merci Nat et Dom..

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Oui effectivement, Dany. Certains de nos amis Srilankais disaient comme toi, qu’il aurait fallu dire à l’accueil ce qui se passe. Mais ce n’est pas dans notre nature, et nous nous doutons qu’ils sont au courant. Avec le temps, et l’expérience, tout s’améliore tôt ou tard pour le bien-être de tous. Et nous comprenons aussi qu’il est de plus en plus difficile de vivre dans ce pays, qui à présent est en rupture de paiement, ce qui doit encore compliquer la vie de nos amis là-bas

      Réponse
  4. Sylvie Revel

    Merci Nat pour cette nouvelle journée au Sri Lanka…
    La location des vélos m’a fait rire …un peu moins la manière avec laquelle vous avez été harcelés ensuite…j’avais eu ce sentiment avec certains vendeurs au Mexique !
    Vos découvertes successives sont aussi riches que différentes et j’avoue m’embrouiller un peu avec les noms des
    villes et lieux…un pays incroyablement chargé par les invasions … son histoire est stupéfiante ! A voir tous ces bouddhas et moines, on n’imagine pas qu’il y ait pu avoir autant de violence…
    La vie aujourd’hui semble plus heureuse !
    Merci pour cette leçon d’histoire très instructive…

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      merci à toi de ta lecture. Je t’avoue qu’il m’a fallu plusieurs jours pour intégrer les noms, néanmoins je ne suis jamais arrivée à prononcer correctement, faisant rire nos amis sur place.
      Cette violence m’a toujours surprise moi aussi, comme quoi aucune philosophie du monde n’est parvenue à calmer l’âme humaine belliqueuse…

      Réponse
  5. Dany

    Sans les dénoncer, ce n’est pas dans ma nature non plus, leur vie n’est vraiment pas facile…

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Oui tout à fait, on n’est que de passage, … j’étais étonnée que les amis Srilankais évoquaient cette éventualité …

      Réponse
  6. Sylvie Revel

    Des singes au service des guides… on peut se le demander ! Un accueil peu ordinaire et plutôt intéressé !
    Ainsi Dom est fasciné par les serpents… tout comme Bernard qui s’était prêté à la même expérience en Australie! Moi non plus, je n’aime pas voir les animaux exploités…
    La découverte des ruines a dû être captivante… tout comme celle des Bouddhas témoins d’un passé tumultueux!
    Merci pour l’histoire des grandes familles tamoules et leur esprit conquérant…On comprend mieux l’évolution du bouddhisme au fil des événements sanglants!
    Toutes ces explications sur les différentes communautés éclaircissent ma vision du Sri Lanka dont l’histoire douloureuse depuis le Moyen-Âge ne peut laisser indifférent !
    Des photos magnifiques comme toujours apportent la douceur de l’instant présent à savourer…
    Merci ma petite Nat pour cette journée de voyage partagée et tellement bien racontée!

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Un parcours en dents de scie pour cette île qui était à un jet de pierre de l’Inde qui a toujours désiré en faire « son annexe » …
      Je n’aime pas non plus l’exploitation des animaux… Et j’évite au maximum
      Dom avait une « Rosalie » préférée c’était une couleuvre qui vivait dans le jardin et venait s’abriter entre les tuiles et le plafond lorsque nous vivions en Bourgogne
      Il adorait la regarder évoluer. Moi j’aime pas trop les serpents, je l’avoue, mais pour autant je ne leur ferais pas de mal, et je déteste les voir se faire écraser sur les routes, ils sont utiles

      Réponse
  7. Clara

    Coucou Nat, merci pour ce passionnant reportage et les magnifiques photos qui l’accompagnent, je suis comme d’habitude subjuguée par la virtuosité de ta plume…
    Tu devrais travailler pour le magazine GÉO qui ne pourrait que se féliciter d’avoir une recrue telle que toi, tu es fabuleuse !
    Tout est passionnant, depuis vos débuts assez houleux, jusqu’à l’histoire avec un grand H. Ce site est extraordinaire, l’endroit que j’ai préféré au Sri Lanka, d’une beauté absolument subjuguante… Par contre, je n’ai jamais été harcelée comme vous l’avez été sur ce site, pourtant nous n’avions pas de guide et étions deux filles à vélo.
    Merci encore, et continue à nous enchanter… ❤️❤️❤️
    De gros bisous, je suis une « fan » absolue…

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Super de savoir que deux ans après les choses ont changé dans le bon sens.
      Là bas on nous avait dit, que lorsqu’il y avait ce type de comportement, cela ne durait jamais, ils veillent à ce que l’accueil soit conforme à la réputation du pays
      Merci pour ton message d’une extrême gentillesse
      A bientôt pour d’autres partages…

      Réponse

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