Dambulla-Temple troglodyte de Rangiri-Bouddha d’or- Sri Lanka

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Rédigé par Nathalie Cathala

Un regard sur le monde, du bout de la Plume et de l'objectif. Depuis 2003, Nat partage ses récits et photos de dix années de circumnavigation, puis six ans de vie insulaire dans la Pacifique, à Maurice et Martinique, à présent installée à la frontière entre France et Espagne, l'aventure continue.

7 mars 2022

Nous quittons Kandy, pour Sigiriya. En chemin, nous faisons escale à Dambulla. Cette ville abrite l’un des sanctuaires les plus sacrés du Bouddhisme : le Temple troglodyte de Rangiri remontant au 1er siècle av. J.-C.. Celui-ci est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991.
Amateurs de statues de Bouddha, vous serez servis, jusqu’à l’overdose!

Des Bouddhas plein les yeux

Itinéraire exténuant

La route entre Kandy et Dambulla aura éprouvé mon chauffeur préféré. Sur près de 90 km, une enfilade de faubourgs qui donne la sensation que la ville ne s’arrête jamais. Et donc sa circulation urbaine non plus! Dom s’affranchit de la réglementation routière occidentale et plonge dans le flux autochtone, défiant même quelques bus, ces maîtres incontestés des routes du Sri Lanka. Repus de la « tata-brrrr tuk-tuk music » nous arrivons au pied du temple d’or, sans une égratignure à la voiture.

Le Bouddha d’or

Illusion monacale

Immense et brillant, ce bouddha-là n’a pas besoin de soleil. Il rayonne sous le grain qui nous accueille à Dambulla. Une fenêtre de ciel bleu s’ouvre et dévoile une longue procession de moines. Tous alignés sur la corniche de granit, ils s’avancent vers le Bouddha. Illusion intemporelle que cette cinquantaine de statues aux postures plus réelles que nature.

Le Kesa, un voyage en couleur

Hasard des rencontres, en parallèle de ce cortège figé, de « vrais » moines, fleur de lotus à la main, entament leur ascension vers l’idole éclairée. Ils portent un kesa de couleur aubergine, ils ne sont donc pas du Sri Lanka. Ici, les moines portent le kesa couleur safran, tout comme en Thaïlande, au Laos, ou au Cambodge. Chaque communauté de moines selon son pays d’origine porte une couleur de robe différente. Ceux-ci viennent peut-être de Birmanie ? Voyager au travers des couleurs du Kesa est une autre aventure. Et dans ce temple, nous aurons l’occasion de croiser des moines venus de Corée, de Chine et du Népal.

Bouddha d’or illumine le sourire des enfants

Au pied du bouddha, j’attends, avec une certaine curiosité, les moines. Ils arrivent, indifférents à ma présence. Je me trouve un petit coin à l’ombre et je me fais si petite, qu’une famille ne remarque pas ma présence. Je suis inondée de prières. Je n’ose plus bouger de peur de briser leur beau recueillement.

Un petit couac dans les mantras

Les enfants joignent les mains, ils récitent machinalement quelques mantras tout en me glissant un oeil rieur. Mimiques espiègles, sourires irrésistibles, un petit doigt pointe mon appareil photo. Je ne résiste pas longtemps, grimaces et sourires fusent. C’est la débandade sous le regard compréhensif de la grand-mère qui sort de sa prière pour me lancer un regard complice. Je fais signe que je m’excuse du dérangement, et en échange, me voici gratifiée de plus grands sourires encore !

Se jeter dans la gueule du … dragon !

Sous le bouddha d’or, nous sommes happés par l’énorme bouche d’un dragon. Au-delà d’une belle rangée de dents, nous n’y trouvons pas ses amygdales, mais un musée. Vie de bouddha racontée en images, multiples statues venant des quatre coins du Monde bouddhiste, explications pédagogiques, le dragon se transforme en véritable encyclopédie du bouddhisme.

Temple troglodyte de Rangiri

Le bouddha cache la forêt

Au-delà de l’immense Bouddha d’or, un escalier taillé dans la montagne mène au Temple troglodyte de Rangiri. Nous cheminons en choeur avec quelques familles de pèlerins, salués par une haie de singes blasés.

Une petite famille, qui redescend, s’amuse à donner à manger aux primates. Je les observe, jusqu’à ce que les enfants me prient de poser avec leur maman. Après une photo dans les fleurs, Gayana insiste pour me donner son adresse, pour me faire prononcer son nom correctement. Elle me bouleverse par la douceur de son regard. Nous passons un moment ensemble, tentant de nous comprendre. J’ai eu l’impression que nous aurions pu passer beaucoup plus de temps ensemble…

Nos chemins se séparent, et nous reprenons notre ascension. Rencontrant des moines du monde entier. Si heureux d’être là, qu’ils en deviennent de véritables paparazzis. 

Un sanctuaire millénaire

Au sommet à 160 mètres d’altitude, dans l’affleurement de granit, se cachent 157 statues du bouddha, réparties dans 5 grottes sanctuarisées depuis vingt-deux siècles.

Depuis plus de deux millénaires, le site a conservé sa fonction d’origine.

Trois siècles avant notre ère, des moines de la forêt habitaient les 80 grottes naturelles du site. Au Ier siècle av. J.-C., le roi Valagam Bahu, fuyant une invasion des Indiens du Sud, délaissa un temps sa capitale d’Anuradhapura et vint se réfugier auprès des moines troglodytes. Après 14 ans d’exil, il reconquit son royaume. Reconnaissant, il fit construire un temple dans les grottes où il se cacha. Au fil des siècles, le sanctuaire subit diverses transformations jusqu’à une rénovation majeure pendant la dynastie qui régna à Kandy aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Parmi les Bouddhas, une statue se distingue. Celle qui représente le roi Nissanka Malla en posture de prière. Il est aussi connu sous les noms Kirti Nissanka ou Kalinga Lokesvara. Il fut un roi bâtisseur au Royaume de Polonnaruwa entre 1187 à 1196. Dehors, il laissa pour la postérité un stèle gravée, mentionnant sa fidélité au Bouddha. 

Valeur universelle exceptionnelle

L’UNESCO a inscrit le site au patrimoine mondial en 1991. L’organisme a particulièrement remarqué les peintures murales couvrant 2100m² où s’intègrent parfaitement toutes les statues. C’est « un exemple exceptionnel d’art et d’expression religieux du Sri Lanka et de toute l’Asie du sud et du sud-est. Le temple-grotte, les peintures et les statues sont uniques tant pour ce qui est de leur nombre et de leur taille que pour leur état de conservation exceptionnel. Le monastère renferme des chefs-d’œuvre du XVIIIe siècle de l’école sri-lankaise Kandy. » (UNESCO)

C’est l’un des  » ensembles bouddhiques troglodyte le plus grand et le plus remarquable de l’Asie du Sud et du Sud-est ».

Il est encore habité aujourd’hui, par les moines de la communauté de Asgiriya (Kandy), qui ont pour mission d’y accomplir les rituels quotidiens, mais également de veiller sur ce patrimoine prestigieux en assurant sa protection, sa gestion, et l’entretien, tout en accueillant pèlerins et « visiteurs » non bouddhistes.

Comme un nuage tonitruant

Lors de nos visites, je cherche toujours à dégager de « l’espace-temps ». Étant arrivés à l’ouverture, les premiers visiteurs se dirigent naturellement vers la première grotte, puis la seconde … Je décide donc de faire le parcours à l’envers. Et de commencer par la cinquième grotte qui est également la plus petite. Cet itinéraire me permet de mieux apprécier les sanctuaires modestes. Ceux-ci auraient paru « fades » après la luxuriance des premiers.

Dans l’antre minuscule, je me délecte d’un brin de solitude. Un luxe savoureux!

Soudain, une troupe de moines surgit tel un nuage d’éclairs bourdonnants. Planquée dans un recoin, ils ne me remarquent pas. Mais quelle émotion d’assister à leur procession ! À l’unisson, ils ronronnent d’une voix tonitruante leurs mantras.
Ce son me remue jusqu’au tréfonds.

Ô Miracle !

Dans la pénombre de cette grotte sont disséminées quelques cruches. L’une d’elles est « enfermée dans une sorte de cage ». Elle récolte des gouttes qui tombent du plafond. Les pèlerins ne manquent pas de vénérer cette cruche. Depuis plusieurs centaines d’années, elle collecte goutte après goutte et ne déborde jamais. Miracle et secret bien gardé par les bouddhas qui la veillent.

Un dernier regard

Après plusieurs heures passées dans la pénombre mystique, je suis K.-O. Je me dirige vers la sortie, mais Dom me rattrape par l’épaule. Je suis passée devant une grosse pierre marquée d’humidité, sans même lui jeter un regard. Qu’a donc cette pierre esseulée à la porte des grottes? Elle ne paye pas de mine, semble fade, et manque de tout ce clinquant qui règne en maître dans les cinq cavernes chatoyantes.

Cette pierre a été gravée, il y a plus de 830 ans. Elle témoigne de la fidélité du roi Nissanka Malla au Bouddhisme, de son zèle bâtisseur, et de ce qu’il a accompli pendant son règne, pour servir son peuple.

Il est temps de prendre congé des 157 bouddhas qui reçoivent inlassablement prières, voeux, offrandes, sans jamais perdre leur sérénité, la diffusant pour l’éternité aux générations d’humains qui se succèdent à leur chevet.

Joie de vivre au coeur des mantras. Tolérance des mamans, avec regards tendres pour les facéties de leurs enfants dissipés. Petite partie de nettoyage pour nos amis les singes, interrompue par une « chasse gardée » au grand dam de l’intéressé…
erci de votre lecture, n’hésitez pas à me laisser un commentaire
À bientôt,
Je vous donne rendez-vous un peu plus loin vers le nord, pour découvrir Sigiriya, la magnifique!

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8 Commentaires

  1. Dom

    Un site incroyable, et richement décoré. Je me souviens de la longue ascension et une fois arrivé en haut à l’entrée des grottes de s’entendre dire que la billetterie pour visiter se trouvait en bas !… finalement on reviendra le lendemain.
    Autre souvenir : la chaleur moite après la pluie sous un soleil de plomb.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Oui effectivement, j’y pensais en écrivant cet article… La billetterie, j’ai gardé cela pour « nous » 😉
      Oui, et le lendemain, passer trois heures dans les grottes
      retenus par les grains qui nous ont permis d’être seuls souvent dans ces sanctuaires uniques
      merci de ton message

      Réponse
  2. Clara

    Toujours aussi passionnant, et si bien documenté… Ces grottes de Dambulla sont absolument magnifiques et inoubliables !!
    Pas de mot pour décrire l’éblouissement devant leur beauté !
    MERCI, chère Nat ❤️
    Bisous

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci en retour Clara de ta lecture, heureuse que le compte-rendu te plaise surtout que tu en reviens
      donc c’est avec plaisir que je constate être fidèle à ton vécu

      Réponse
  3. Sylvie Revel

    Ces grottes sont réellement fascinantes et cette atmosphère monacale nous envahirait presque au point de nous convertir… Tous ces gens heureux entre offrandes et prières… ces moines qui affluent de partout vers ce site historique et si beau ! Autant de bouddhas que de ferveur… c’est dire la force mystique ! Et toujours cette complicité joyeuse de notre Nat avec les enfants, la grand-mère puis la jolie maman… des moments précieux ! Pour reprendre ta chère expression, tu dois avoir une fois de plus le coeur « tatoué » par la gentillesse des habitants si avenants.
    Merci pour ce très beau chapitre illustré à merveille. Notre esprit occidental s’évapore au pays des sourires et des fleurs… ❤️

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci Sylvie de ton commentaire, si beau, qui renvoie toute la saveur de ta lecture
      j’avais oublié une petite vidéo lors de la publication
      j’en profite pour la rajouter
      à bientôt pour la suite

      Réponse
  4. dany

    Ton récit est très beau, riche et joyeux Nat, je suis impressionnée par tous ces moines et fidèles qui viennent se recueillir, leurs croyances et la beauté des sites, bravos aussi pour les photos et vidéo ! Merci.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci Dany,
      Moi aussi, j’ai été impressionnée de rencontrer beaucoup de moines sri lankais, et de tous pays. Les populations se mélangent, touristes et pèlerins pour leur foi, et tout le monde en accord toujours. Parmi les pays d’Asie du Sud Est que nous avons visité, ici, les rencontres sont plus faciles, toujours détendues et tolérantes… pour les « non croyants »…

      Réponse

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