Une porte ouverte sur Mille-Îles

Caboter entre Mille-ïles, que du bonheur!
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Rédigé par Nathalie Cathala

Un regard sur le monde, du bout de la Plume et de l'objectif. Depuis 2003, Nat partage ses récits et photos de dix années de circumnavigation, puis six ans de vie insulaire dans la Pacifique, à Maurice et Martinique, à présent installée à la frontière entre France et Espagne, l'aventure continue.

13 février 2021

Les Grands Lacs américains attisent le désir d’évasion. L’évocation d’une île réveille la magie du voyage.

Aujourd’hui, nous naviguons entre ces deux grands symboles de liberté. Au départ de Kingston, nous montons à bord d’un « vieux Steamer » ou du moins à bord d’un bateau qui en prend toutes les apparences (Les Américains sont les As de l’illusion parfaite).

Nous larguons les amarres des berges du grand lac Ontario, pour voguer non pas entre une dizaine d’îles éparses, mais dans l’archipel des Mille-Îles ! Nous sommes aux portes du fleuve Saint-Laurent, ici, il démarre sa course de 1197 km au travers de l’Ontario, puis du Québec.

Plus qu’un voyage, une brèche vers le rêve

Si l’archipel s’appelle « Mille-Îles », les puristes en ont compté 1865. Attention, un simple caillou ne peut pas figurer au catalogue ! Pour accéder au statut d’île, ces confettis émergents doivent répondre à quelques critères : être à flot toute l’année, mesurer plus d’un mètre carré et compter au moins un arbre ou un buisson. Certaines îles sont minuscules, tandis que d’autres abritent de réels villages et font plus de 100 km. L’ensemble de l’archipel s’égraine sur 80 km, à cheval sur la frontière entre le Canada et les Etats-unis. De sorte que certains insulaires déjeunent au Canada et vont dormir chez le grand voisin américain. J’espère qu’ils n’ont pas besoin d’ESTA.

Comment cette gigantesque grappe d’îles s’est-elle formée?

Nous sommes ici, sur le territoire traditionnel des Algonquins (Aniishinaabe) et des Iroquois (Haudenosaunee) qui y vivent depuis près de 9000 ans. À en croire les Amérindiens, l’archipel est le fruit d’un combat dantesque entre deux hordes de colosses. Les belligérants s’affrontèrent sur l’épineuse question du Bien et de Mal. N’arrivant pas à un consensus, les géants en vinrent à se lancer d’énormes rochers. S’en suivit un tel désordre qu’il est encore impossible de départager les rivaux.

Les géologues ont une version différente de la naissance de l’archipel, quoiqu’ils ne donnent pas tout à fait tort aux tribus autochtones, étayant, eux aussi, la thèse du conflit.

La naissance des îles est le résultat d’un affrontement de plaques tectoniques qui débute il y a 600 millions d’années. Des dômes surgissent et forment un pont de granit, connu sous le nom d’arche de Frontenac.

Cette passerelle granitique relie le Bouclier canadien aux montagnes des Adirondack. Par quelques raccourcis géologiques, nous arrivons déjà à la fin de la dernière glaciation. Lors du réchauffement climatique, les glaces fondent et donnent naissance à une mer intérieure, la mer de Champlain qui subsiste entre 13 100 et 10 600 ans AA (avant aujourd’hui). Elle est l’ancêtre du fleuve. Libéré du poids de la glace, le Bouclier canadien opère une poussée postglaciaire. Peu à peu la mer se retire à son tour et vers 8000 ans AA, le fleuve Saint-Laurent définit ses rives et ses méandres, prenant sa source dans le lac Ontario. Les eaux du fleuve inondent l’arche de Frontenac et seuls les sommets les plus élevés gardent désormais la tête hors de l’eau, ils représentent l’archipel des Mille-Îles.

L’arche de Frontenac, un pont géologique et écologique
Le Bouclier canadien désigne la partie exposée de la croûte continentale sous-jacente à la majeure partie de l’Amérique du Nord. Il est composé de roches dures vieilles d’au moins un milliard d’années.

 Ils n’ont jamais oublié la Terre Mère !

Les premières nations, dont l’établissement remonte à plus de 9000 ans avant notre ère, ont vraissemblablement connu cette gigantesque mer intérieure. Ces peuples autochtones, ont eu la conscience instinctive qu’il fallait protéger cet espace unique. Ils ne l’appelaient non pas l’arche de Frontenac, mais « l’épine dorsale de la mère » ou la colonne vertébrale de la Nature. Ce terme évocateur, prouve qu’ils possédaient la prescience qu’ils vivaient dans un écosystème exceptionnel. Aujourd’hui, les conservateurs canadiens en ont fait une réserve. Avec ses 23,5 km2, le parc National des Mille-Îles est le plus petit du Canada, mais il est aussi le plus riche en ce qui concerne sa biodiversité. « Le parc abrite plus d’espèces indigènes de reptiles et d’amphibiens que tout autre parc national du Canada, et sa concentration en espèces en péril, notamment la couleuvre obscure, la tortue mouchetée et le petit blongios, est parmi les plus élevées au pays. » La Réserve englobe 21 îles et îlots qui servent aussi de relais pour les animaux qui migrent entre la forêt boréale et la forêt de feuillus de l’Est.

Une destination prisée

À vrai dire, l’aspect « protection de la nature » ne saute pas aux yeux, lors d’une croisière dans les Mille-Îles. Ce qui attire l’attention, c’est l’installation humaine. Cela ressemble à un boulevard fluvial de millionnaires.

À la fin du XIXe siècle, la bourgeoisie du nord des États-Unis se cherche un lieu de villégiature digne de son nouveau statut. Elle jette son dévolu sur les Mille-Îles. Commence alors une compétition de « nouveaux riches » qui rivalisent d’originalité pour établir sur les îles et îlots leur résidence de vacances. Tous se découvrent la fibre navigatrice pour caboter entre les îles et se rendre chez soi ou chez le voisin. Cet engouement offre à la région un développement sans précédent.

Aujourd’hui encore, cette destination conserve ce côté « extra-ordinaire » voire luxueux.

La moindre terre émergée est devenue propriété de familles canadiennes ou étatsuniennes. D’île en île tous les styles architecturaux se côtoient : de la mythique « cabane au Canada » à l’ostentatoire demeure « Hollywoodienne » en passant par l’anachronique château qui se donne des allures moyenâgeuses. La plupart de ces villas ne sont occupées qu’à la belle saison, et dès l’automne, on voit les propriétaires barricader toutes les ouvertures en prévision de leur longue absence pendant les hivers rigoureux qui frappent la région.

Une dernière anecdote

 

Les gourmets amateurs de « sucrés-salé » aiment sans doute la sauce nommée « Thousand Islands »? Elle assaisonne souvent dans les pays anglo-saxons les salades. Une sauce légèrement sucrée, dont les principaux ingrédients sont l’huile d’olive, le paprika, le Tabasco et le jus d’orange. La légende, ou l’anecdote (?) raconte qu’une insulaire avait pour habitude de préparer à son époux une salade qu’elle assaisonnait ainsi lors de ses retours de pêche. Un jour de cette fin de XIXe sicèle, cette brave dame fit goûter sa sauce à George Boldt. Ce monsieur, autodidacte millionnaire, a développé l’hôtellerie urbaine aux États-Unis. Séduit par cette recette, il l’imposa dans ses hôtels et la nomma « Thousand Islands ».

 De ses origines millénaires à sa préparation en salade, l’archipel des Mille-Îles traverse les âges et se renouvelle sans cesse.

Embarquez à bord de l’Album Photo

Une jolie croisière vous attend

 

Merci à tous ceux qui ont laissé un commentaire sous les articles de ce blog. Vous faites, vous aussi, vivre cet espace d’évasion et de détente. 

Sources qui ont inspiré cet article :

https://www.pc.gc.ca/fr/pn-np/on/1000/info/plan/gestion-management-2019
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/parc-national-des-mille-iles-autrefois-parc-national-des-iles-du-saint-laurent
https://www.escalenautique.qc.ca/pdf/archives/mille-iles.pdf
https://www.pc.gc.ca/fr/pn-np/on/1000/nature/environnement-environment
https://www.frontenacarchbiosphere.ca/sites/frontenacarchbiosphere.ca/files/Geology_Ecology_Tour_Booklet_2010.pdf
https://www.pc.gc.ca/fr/pn-np/on/1000/nature/environnement-environment/natcul2
Wikipedia
Universalis
L’encyclopédie canadienne
Parc national des Mille-Îles

Grasse _ France _ L'oasis de nat

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18 Commentaires

  1. Martine

    Je ne connaissais pas cet archipel. Merci de me le faire découvrir. Les heureux propriétaires d’îles disposent d’une situation exceptionnelle. Très intéressant le côté historique.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci de ton commentaire, Martine. Heureuse de te faire découvrir les Mille ïles. Bientôt, les Chutes du Niagara sur le blog.

      Réponse
  2. Henry

    Sympa ce spot! Explications claires de la geologie. En général, pas évident d’y comprendre quelque chose, belle synthèse. J’ai tout compris 🙂

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Bonjour Henry, Tu me fais rire. Venant de toi ce commentaire… 😉

      Réponse
  3. Gwen

    cool ce moment d’évasion, des infos et une pointe d’humour. j’ai aimé naviguer avec vous

    Réponse
  4. alain achard

    même un canadien pourra en apprendre en lisant ces lignes magnifiquement écrites

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci Alain, c’est très gentil, et ça me touche beaucoup

      Réponse
  5. Matelo

    Merci Nat pour toutes ces belles découvertes avec toi non seulement je voyage à travers tes magnifiques photos et vidéos mais aussi par tes jolis récits.
    Merci ❤

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci Françoise, de ton gentil message, continuons le voyage ensemble, et ça me fait plaisir ton petit détour par le blog

      Réponse
  6. Dany Frejaville

    Quel beau travail de recherches et d’écriture, douceur de vivre sur ces petites îles, les petits messages leur vont si bien ! J’ai passé un bien joli moment.. Merci Nat.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci à toi Dany de ce message, un moment de bonheur passé ensemble

      Réponse
  7. REVEL

    Un voyage de rêve qui m’aurait vraiment plu…étant fascinée par les grands espaces américains…les lacs et les rivières…l’histoire aussi.
    Les photos de ces îles sont un enchantement… Merci pour ce blog vraiment bien réussi!

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Et que ça m’aurait plu de le faire avec toi ce beau voyage !

      Réponse
  8. Jeanne-mance Gagné

    Magnifique et spectaculaire notre belle province le Québec, Canada.
    C’est en voyageant qu’on s’instruit beaucoup et de plus très agréable comme vous le faites vous deux.
    Merci énormément Nat & Dom, je partage avec le plus grand plaisir. À bientôt de vous lire. <3

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci à toi, Jeanne. Ca me fait plaisir de te lire et de savoir que tu as apprécié. Nous aimons rendre visite à nos amis du Québec. A bientôt pour la suite

      Réponse
  9. Kha

    Bonjour. Et voilà on a tout et le plaisir est devenu multiple. On admire des sites magnifique, on apprend avec plaisir et la cerise c’est qu’on bouge, on ressent presque les choses … bref on voyage avec vous.

    Réponse
    • Nathalie Cathala

      Merci Kha de ta lecture, et de ton message plein d’humour et d’attention

      Réponse

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