🌞 Éclats de saison – Échos d’évasion🌞
💙🐋 Quand Te Mana croise les géants de la Côte Vermeille🐳💙
🪶Partie pagayer au lever du jour entre Le Racou et Port-Vendres, je pensais simplement retrouver le large et la Côte Vermeille. La mer, elle, avait prévu bien plus grand : une rencontre avec trois rorquals communs.
Pagayer vers le large
Après un temps d’arrêt forcé, Te Mana et moi trépignons de retrouver le large. Tout cela peut paraître bien prétentieux : retrouver le large avec un paddle… Pourtant, que ce soit en cargo, en voilier ou en simple planche, s’éloigner du bord et voguer offre cette impression d’« aventure ».
En mer, il faut s’attendre à tout. La mer est reine, impériale en son domaine.
Et ce matin-là, j’étais loin de me douter de la surprise qu’elle me réservait.
Dès l’aurore, nous nous jetons sur une mer d’huile. Le soleil caresse la Grande Bleue et y fait naître des étoiles. L’air est doux. Au rythme où le soleil se lève, les couleurs de l’eau s’éveillent elles aussi : des nuances de bleu, de vert, de turquoise et d’émeraude. Je longe notre Côte Vermeille, j’en redécouvre chaque détail, je savoure, et j’engrange photos et vidéos. À tel point qu’au large de Port-Vendres, le pauvre téléphone commence à donner des signes de surchauffe. Je préfère épargner mon fidèle témoin de mes aventures.
Sans m’en rendre compte, j’ai déjà parcouru 6 km ; il m’en faudra autant pour rentrer. Pour raccourcir le retour, je pars au large.
Une matinée où la mer a changé d’échelle
C’est là que tout bascule.
Entre Port-Vendres et Collioure, je vois soudain surgir deux grands dos sombres. Deux dos lisses, puissants, noirs dans la lumière du matin. Je n’en crois pas mes yeux. Hallucination ? Non. Je ne reconnais pas tout de suite les cétacés, mais il y a ce souffle… ce panache de vapeur qui jaillit dans l’air. Un instant magique.
Ils plongent. Je les cherche. Puis ils réapparaissent derrière moi. Eux descendent vers le sud, moi je remonte vers Le Racou. Presque comme dans la chanson de Michel Fugain : « Il rentrait chez lui, là-haut vers le brouillard. Elle descendait dans le midi, le midi ». C’est sûr, je suis en train de vivre « Une belle histoire » !
Je fais demi-tour, donne quelques coups de rame, avec l’espoir un peu fou de les rattraper… en vain. Ils sont déjà loin, escortés par un bateau de la Réserve marine.
Sur le moment, je n’en ai aperçu que deux. Mais les observations réalisées ce jour-là ont confirmé la présence de trois rorquals communs au large de la Côte Vermeille.
Des visiteurs hors du commun !
Le rorqual commun est tout simplement le deuxième plus gros animal de la planète après la baleine bleue. À l’âge adulte, il peut mesurer près de 20 mètres de long et peser autour de 50 tonnes. Autant dire que croiser un tel géant depuis un paddle, à hauteur d’eau, donne tout de suite une autre échelle aux choses… et remet gentiment la minuscule humaine que je suis à sa juste place dans l’immensité bleue.
Selon les spécialistes, l’observation était assez exceptionnelle, car ces grands cétacés sont généralement repérés bien plus au large. Ce mardi-là, les équipes de la réserve marine de Banyuls-Cerbère les ont accompagnés sur plusieurs kilomètres en direction de l’Espagne, le long de la Côte rocheuse, tout en veillant à ce que les plaisanciers ne les dérangent pas.
Leur présence si près du rivage n’a rien d’anodin. Les rorquals communs se rapprochent parfois des côtes lorsque le milieu marin est riche en zooplancton, cette multitude de minuscules organismes flottants qui constitue la base de toute une chaîne alimentaire. Ce zooplancton attire de petits poissons… qui attirent à leur tour les rorquals. En clair : si les géants s’invitent près du bord, c’est souvent que la table est bien garnie.
Des hôtes à respecter
Ce qui m’a frappée aussi en lisant les explications des biologistes, c’est de découvrir à quel point ces animaux sont sensibles à notre présence. Les rorquals communs communiquent par le son, et le bruit des moteurs ou des hélices peut les perturber. Lorsqu’on en observe un, la règle est simple : garder au moins 100 mètres de distance, ne surtout pas le poursuivre et, s’il se rapproche, mettre le moteur au point mort pour le laisser évoluer tranquillement. Observer, oui. Harceler, non. Le privilège de la rencontre impose aussi un peu de délicatesse.
Quelle matinée ! J’ai eu l’impression d’être, pendant quelques secondes, invitée dans un autre monde.
On part pagayer pour faire du sport, pour voir la côte autrement, pour respirer un peu plus fort, pour se vider la tête. Et puis la mer, dans sa souveraineté absolue, décide d’offrir bien davantage : un instant de grâce, une rencontre improbable, un souvenir qui s’imprime pour longtemps.
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