Carnet d’été d’un cormoran en Méditerranée _ ep 4

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Rédigé par Nathalie Cathala

Nomades dans l’âme, l’objectif et la plume de Nat se baladent partout : en voilier autour du monde, par les airs d’un continent à l’autre; par les routes sur les chemins du désert, en 4*4 (tente sur le toit), à vélo , à pied ou en paddle. Plume et objectif se rejoignent dans ce blog, pour partager leurs coups de coeur.

25 juillet 2026

🌞 Éclats de saison – Échos d’évasion🌞

💙Le plongeur en habit noir💙

 🪶Lorsque la mer est cabossée, que le vent hurle et que Te Mana reste aux abris, je vais rendre visite à mes amis les cormorans. Sur quelques rochers battus par les vagues, les cormorans huppés de Méditerranée m’offrent un spectacle inépuisable : plongeurs virtuoses, clowns malicieux, prestidigitateurs à leurs heures, pilotes maladroits…

 

Entre l’archipel des Perlas au Panama et les rivages du Racou, ce carnet raconte la vie d’un drôle d’oiseau qui a fait de la mer son véritable royaume.

Au royaume des bienheureux

Par tous les temps, tous les vents, ils sont là, fidèles au poste, accrochés à leur rocher, dans ce que j’appelle désormais « l’archipel des cormorans ». Pour être honnête, ce petit coin de paradis se limite à quelques cailloux émergés. Mais je suis persuadée qu’aux yeux d’un cormoran, c’est un véritable atoll méditerranéen.

L’îlot est le point de rencontre de cette petite communauté aux mœurs cormoranesques. Chacun assume son caractère bien trempé. Certains y font la loi. D’autres la subissent. Les couples se bécotent ou se chamaillent.

Je pourrais passer des heures à les observer, sans jamais les déranger. Toujours à distance.

Enfin… presque toujours.

L’autre matin, alors que je me concentre sur les belles lumières dorées du début du jour, je sens une présence à mes côtés. Un clapot différent attire mon attention.

C’est lui.

Monsieur fait son numéro

Quelques battements d’ailes sur l’eau, la tête plongée sous la surface, puis le voilà parti dans une drôle de chorégraphie. Il enchaîne les pirouettes, tête en bas, pattes en l’air, entre plongeons et œillades. Me voilà aux premières loges de ses acrobaties.

Un vrai clown !

Puis, sans la moindre timidité, il s’installe sur le rocher tout à côté de moi. Les ailes en étendard, il m’adresse quelques regards complices. Il me rappelle son cousin prestidigitateur, croisé l’an dernier sur ce même rocher.
Celui qui avait le don de faire… disparaître les bateaux !

Lassé de son bain de soleil, il plonge dans le « lagon ». Mais il se ravise, fait mine de prendre son envol.

Turbulences en vol !

Dans l’eau, il est un nageur hors pair, un champion de plongée… mais gare au décollage ! La manœuvre est digne d’un vieux coucou.

Il me fait penser à Orville, le goéland de Bernard et Bianca. Le voilà parti : il pédale sur l’eau, bat frénétiquement des ailes… Mais son train arrière reste désespérément collé à la surface. Essoufflé par tant d’efforts, il abandonne son plan de vol et replonge dans son élément naturel : l’eau.

Sans doute notre dénominateur commun.

Sous le charme, je reste là…

Bord à bord avec le plongeur invisible

Et forcément, je pense à tous ses cousins croisés au fil de mes sorties en mer. Comme celui qui, un jour, nage paisiblement aux côtés de Te Mana. Il me lance de petits airs qui semblent me dire : « Alors ? Quoi de neuf chez les humains ? »

Puis il plonge juste devant l’étrave, sans la moindre inquiétude. Là, je cherche à suivre sa trajectoire sous l’eau. Mais il possède ce talent extraordinaire : disparaître comme par magie sous la surface et ressurgir où bon lui semble. Seule sa tête émerge, tel un petit périscope noir qui scrute les environs avant une nouvelle exploration sous-marine.

Une station balnéaire pas comme les autres

Il est temps de rentrer… La plage du Racou est bondée. L’été est là, les hôtes estivaux ont repris possession du rivage. Cette affluence me rappelle une escale lointaine. Celle de Pedro San Miguel, dans l’archipel des Perlas au Panama.

Nous avions jeté l’ancre aux abords d’une plage très prisée. Très, très prisée !
Noire de monde !
Le terme n’est pas exagéré… une multitude de silhouettes noires recouvrait le sable.

Mais pas de parasols, pas de serviettes colorées… Ce jour-là, les estivants portaient des plumes noires. Une incroyable concentration de cormorans à aigrettes avait réservé les meilleures places. Ils étaient chez eux.

Quelques repères sur ce drôle de compagnon des côtes méditerranéennes…

Le cormoran huppé de Méditerranée est un oiseau marin que l’on rencontre principalement sur les côtes rocheuses, les falaises et les îlots du littoral. Plus petit et plus élancé que le Grand Cormoran, il se reconnaît à son plumage noir aux reflets vert bouteille, son long cou et son bec fin légèrement crochu. Au printemps, une petite huppe apparaît sur son front pendant la période de reproduction.

Véritable athlète sous-marin, il chasse les poissons en plongeant généralement autour d’une dizaine de mètres de profondeur, parfois davantage. Son corps fuselé et son plumage adapté à la plongée facilitent ses déplacements sous l’eau. En revanche, moins imperméable que celui d’autres oiseaux aquatiques, ce plumage lui vaut de ressortir complètement trempé. D’où cette posture bien connue, ailes largement ouvertes en étendard, sur un rocher ou un ponton, qui lui permet de réguler sa température et de récupérer après l’effort.

Son décollage spectaculaire a une explication : chargé d’eau, il ne peut pas prendre son envol instantanément. Il doit courir sur la surface de la mer en battant vigoureusement des ailes avant de réussir à s’élever, puis il file au ras des vagues, le cou tendu comme une flèche noire.

Fidèle aux rivages méditerranéens, il installe ses nids dans les falaises et les anfractuosités rocheuses. Espèce protégée, il reste particulièrement sensible au dérangement pendant la période de reproduction. L’observer à distance permet de profiter de ses étonnantes prouesses tout en respectant sa tranquillité.

Les plus beaux voyages ne se comptent pas en milles.

Clowns, prestidigitateurs, plongeurs virtuoses ou pilotes un peu approximatifs… les cormorans ne cessent de m’émerveiller. Finalement, les plus beaux voyages ne demandent pas toujours de parcourir des milliers de milles. Ces rendez-vous avec les habitants de mon archipel aux belles eaux suffisent à transformer une simple balade en un merveilleux moment de nature.

L’Archipel des cormorans

Quelques cailloux émergés, des eaux translucides, une famille de cormorans
C’est là que commence le rêve…
Nat & Dom à Bora Bora
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