L’arche de Noé, Etosha (épisode 1)

» Publié par sur 13, Juin 2018 dans Afrique, Namibie, Vidéo, Voyage | 0 commentaire

L’arche de Noé, Etosha (épisode 1)

Au programme : longer la rivière Kunene d’ouest en est, puis piquer plein sud, pour retrouver des conditions désertiques et le parc National d’Etosha. Une réflexion sur l’état actuel de l’environnement et ce que l’on fait aujourd’hui pour sauver ce qui reste. Etosha est au sens strict une arche de Noé, préservant des lambeaux de faune contre l’avidité insatiable des prédateurs humains.

 

Bonjour,

 

Ces quelques jours au bord de la rivière nous ont, au propre et figuré, ressourcés. S’installer au bord de l’eau, regarder passer le fleuve… quelques crocodiles et une faune spécifique à l’environnement humide, fait du bien après plus d’un mois de désert. À l’heure de lever le camp, un visiteur nous signale que la prudence est de mise à chaque instant !

 

Un scorpion s’invite au dernier dîner au bord de la Kunene River

 

La piste longe la rivière Kunene, la végétation abonde, des paysages verdoyants nous sont devenus presque insolites. Nous nous emplissons les yeux de vert, avant de retrouver le désert. Les villages que nous traversons ont reçu quelques pluies immédiatement mises à profit par les flamboyants qui explosent littéralement de leur belle couleur ardente.

 

Les flamboyants des villages que nous traversons en route vers Etosha

 

Nous quittons les pistes de sable, de terre, de cailloux pour retrouver le bitume. Si les pistes tiennent en éveil pilote et copilote, le bitume nous berce et nous endormirait presque. Pourtant il faut rester vigilants, la circulation n’est pas des plus dense, par contre notre route est régulièrement entravée de troupeaux qui traversent librement l’artère principale de la Namibie.

 

Une des rares routes de bitume de Namibie, régulièrement empruntée par les troupeaux d’ovins et bovins. Ici, personne d’autre que le chien guide les guide ! Un berger à quatre pattes qui sait exactement ce qu’il fait !

 

À l’approche d’Etosha, les panneaux d’alerte contre le braconnage fleurissent. Les images sont saisissantes, et troublent notre rêve de voir cette faune en totale liberté.

 

Des images très dures pour prendre conscience de la disparition imminente d’une espèce endémique

 

Une question simple… voire simpliste, m’assaille : « comment peut-on infliger pareil supplice à un être vivant ? »

 

Etosha l’arche de Noé une réflexion sur la situation environnementale

 

Nous longeons les barrières qui protègent le parc. Celui-ci a été proclamé réserve naturelle en 1907 et couvre 22 270 km². Cette surface peut être comparée à deux états de notre planète : le Bélize ou Israël. Cent treize espèces de mammifères, trois cent cinquante espèces d’oiseaux, seize espèces d’amphibiens disposent d’une surface de la taille d’un pays pour s’ébattre et vivre… ou « survivre »?

 

La Namibie a inscrit la protection de la nature dans sa constitution. Nous trouvons cela formidable. J’ai pour habitude d’être positive et de montrer notre Belle Planète. Pour autant, la cécité n’est parfois pas de mise. Puis-je émettre ici, le fond de ma pensée, sans perturber la belle ambiance que je tente de préserver ?

 

Il est certain que sans les parcs nationaux, les réserves naturelles, le travail considérable d’associations de défenses de l’environnement, l’Afrique ne porterait sans doute plus en son sein que quelques rescapés d’une extermination systématique d’une faune jadis foisonnante. Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

Poser les questions en toute objectivité et sincérité sur les causes d’une situation, ne permettraient-elles pas de sauver ce qui reste? Ne soulèveraient-elles pas une chape de plomb afin que nous nous remettions en cause? Cette remise en question agirait-elle comme un miroir, où l’homme se voyant tel qu’il est aurait envie de changer en profondeur ses agissements?

 

L’entrée d’Etosha, beaucoup de questions, et la conscience qu’il est encore temps… mais grand temps de sauver la faune d’Afrique

 

La réalité est simple :

 

Avant l’arrivée des grands pays colonisateurs en Afrique, ce continent regorgeait de ressources, sa faune et sa flore étaient d’une richesse que l’on peut mesurer à l’aune de ce qu’il en reste. Les tribus ancestrales étaient parvenues à vivre au sein d’un environnement hostile. Ils y trouvaient leur chemin, entre grands prédateurs, herbivores fournissant la nourriture et un écosystème dont ils ne prélevaient que l’essentiel. L’humain n’était pas au sommet de la pyramide de prédation. Il se fondait dans l’écosystème, il en subissait parfois la loi implacable, mais arrivait, puisqu’il a survécu à la prédation, à s’en protéger. À l’inverse, au cours de siècles de colonisation, la faune ne survécut pas ou est en passe de s’éteindre sous la pression humaine.

 

Il fallut 600 millions d’années pour « construire » l’écosystème africain. Combien de temps l’humain mit-il à démanteler ce bel échafaudage ?

 

Les prémices d’exploitation de l’Afrique naissent vers le 14e siècle. Passé le temps des expéditions préliminaires, l’Européen, non content d’avoir détruit ses propres forêts, d’avoir éradiqué ours, loups, herbivores, et autre faune endémique dont il nous reste quelques fossiles, il part désormais à la conquête de son voisin du Sud. Des comptoirs se dressent un peu partout et initient le commerce « florissant » d’ivoire, mais pas seulement ! Les colons vident méthodiquement les ressources de l’Afrique. Le continent est considéré comme une énorme boutique où il n’y a qu’à se servir et partir sans payer! Si l’environnement souffre de cette fièvre en 1659, les Européens inventent la traite des noirs. Et c’est au tour des Africains eux-mêmes de faire l’objet d’un commerce. L’Histoire de l’Afrique est d’une injustice et d’une cruauté jamais égalées. Les Européens vont jusqu’à se « partager » le continent sans qu’une idée d’appartenance aux autochtones ne leur effleure l’esprit!

 

Les choses changeront peu à peu au cours du vingtième siècle, mais au-delà de la liberté chèrement reconquise par les peuples d’Afrique, la décrépitude de l’environnement s’est poursuivie, s’ajoutent aux convoitises inassouvies des Européens, celles des Asiatiques et des Américains. Si le commerce d’ivoire est aujourd’hui interdit, que de nombreuses espèces sont protégées par des lois internationales. Il n’empêche que le braconnage subsiste. Les responsables de ce carnage sont les amateurs de trophées, les guerres intestines, et la pharmacopée asiatique qui voit en certains animaux des panacées. Outre ces « tueurs » étrangers au continent, les conflits d’intérêts entre les éleveurs locaux et les animaux causent des pertes irréparables. Les « gros chats », lycaons, hyènes s’en prennent pendant la saison sèche au bétail, proie plus accessible que la faune endémique. Les éléphants, quant à eux, détruisent les réserves d’eau. Un conflit qui se solde trop souvent par la mise à mort du « fautif ». Mais qui est donc à mettre au banc des accusés? Le prédateur endémique qui tente de sauver sa peau, voire son espèce ou l’éleveur qui importa sur ce continent des animaux totalement inadaptés aux conditions, demandeurs en eau et fourrage en plein désert ?

 

« Parmi les 2 970 espèces en voie de disparition, 555 sont « en danger critique d’extinction » et 1 029 sont « en danger ». Il s’agit du continent comptant le plus d’espèces dans ces deux catégories. On peut donc légitimement penser qu’à court terme, la faune africaine est proche de l’extinction.  » (Sources : https://www.especes-menacees.fr/monde/afrique/)

 

Qui est légitime ?
L’humain ou la faune endémique?

 

Pauvre Afrique !
Que te fait-on là ???

 

Quand le glas sonnera-t-il enfin de cette gloutonnerie, de ces caprices de riches,  de ce carnage pantagruélique ?

 

À l’entrée du parc, les murs du bureau d’admission sont tapissés de posters nous enjoignant de participer au programme de préservation de la faune. Un numéro de téléphone est inscrit en grand et en rouge afin d’appeler les autorités si nous remarquons un comportement suspicieux dans le parc. On nous donne la liste des animaux en danger. Nous en sommes réduits à suivre une liste de niveaux de menace de disparition, selon les espèces on trouve les qualificatifs de « vulnérables », « en danger », « danger critique »… A ce rythme, les pauvres animaux en prison, souvent mal traités dans les zoos seront les seuls représentants vivants de leur espèce! 

 

On n’entre plus dans les Réserves naturelles le coeur innocent, et inconscient. Les gardiens font, au quotidien, un réel effort de mise en garde, où chacun est pris à parti pour sauver la faune ! Car cela dépend de chacun de nous, par nos comportements de consommation au sens large, et par le respect des visiteurs du parc.

 

Pour exemple, dans l’arche que nous venons de pénétrer, les impalas à tête noire et les guépards sont en danger d’extinction, les « pangolins » (sorte de tapirs) sont vulnérables, quant aux rhinos noires ils sont au dernier stade avant disparition totale : niveau danger critique. Or quelques jours avant notre arrivée, non loin de la porte qui « protège » ce parc, 5 rhinos noirs ont été trouvés sauvagement amputés de leurs cornes. Laissés pour morts par des barbares. Pour empêcher les vautours de signaler les carcasses, les corps des rhinos ont été empoisonnés. Ainsi, les vautours viennent grossir la liste des victimes collatérales du braconnage des rhinos, éléphants … Leur rôle dans la nature est pourtant primordial, et cette destruction par empoisonnement met à mal la fonction de « nettoyage naturel » de l’écosystème. Les vautours, eux aussi viennent grossir les rangs de la liste établie par l’UICN (voir le lien en fin d’article)

 

« Les chiffres ne s’y trompent pas, l’Afrique est le deuxième continent en termes de biodiversité. 20 364 espèces d’animaux et de plantes y sont comptabilisées, dont 15 643 animales. 19 % de la faune africaine est considérée comme menacée par l’UICN. Ce chiffre important place l’Afrique sur la deuxième marche des continents dont la faune est la plus menacée, juste derrière l’Europe ». (Source : https://www.especes-menacees.fr/monde/afrique/)

 

Avant que nous quittions la Namibie, un Chinois a été arrêté à l’aéroport : dans ses valises des dizaines de kilos de poudre de corne de rhinocéros. Au vu de ce que les Nambiens nous ont dit ressentir à l’annonce de la mort des 5 rhinos ce coupable n’est pas près de sortir de Namibie. La révolte gronde et les Nambiens sont « en marche » pour défendre leurs ressources.

 

Il est grand temps !

 

Nous traversons les premiers kilomètres de savane habitée de pensées qui se chevauchent. Certes nous sommes heureux que des parcs de la taille de pays, voire de plusieurs pays existent en Afrique. Mais n’aurait-il pas mieux valu rendre le continent à la faune ? Une illusion : « décréter que l’écosystème soit désormais seul maître en Afrique ». Impossible! Oui je le sais. Si je suis inconsolable sur le sujet, m’est-il encore permis de rêver ?

 

Les premiers plans d’eau me rassurent par l’abondance faunique qui nous y accueille, et les cinq jours passés au chevet des animaux d’Etosha nous remettront du baume au coeur. Place à présent aux animaux : à eux de s’exprimer en liberté !

 

L’Escale en photos

 

Au bord de la rivière Kunene, des plages désertes qui paraissent si paisibles ! 

 

Une piste verdoyante ! Rare en Namibie à cette période de l’année 

 

Boutique himba au bord de la route, ils vendent du bois de chauffage 

 

L’artère B1 en Namibie rallie le Nord au Sud, sur du bitume ! Rare ! 

 

Parmi les oryx, un Eland du cap, nous en verrons très peu tout au long de notre séjour en Afrique australe

 

Des zèbres qui se prennent pour de véritables « cochons » !

 

Accouchement imminent ! 

 

Beau couple ! 

 

Outarde Kori

 

J’adore les voir boire ensemble !

 

Quelle acrobatie pour boire ! 

 

Un coucou timide ! 

 

Torgos tracheliotus, Vautour oricou

 

« Truche », notre mascotte 

 

Des colonnes de sable se lèvent de la savane et parcourt plusieurs centaines de mètres, envoyant de la poussière jusqu’au ciel ! 

 

Naissance d’une colonne de sable juste à côté de nous 

 

Le ciel s’encombre et promet des pluies attendues 

 

Les termitières me font penser aux huttes himba !

 

Le ciel de plus en plus menaçant et ces colonnes de sables impressionnantes 

 

Là-bas… ils ont de l’eau ! 

 

Steenbok en couple

 

Bubals dans un ciel surréaliste !

 

La pluie ne viendra pas jusqu’à nous, très localisée, elle déverse l’eau, par hasard, pour les chanceux. La pluie, ici, c’est le loto de la faune !

 

Maman girafe boit… petit prends en de la graine!

 

Le petit ne comprend pas qu’il faut écarter les pattes avant. Il regarde l’eau, sans pouvoir l’atteindre. Il ne boira pas ce soir ! 

 

Je rêvais de prendre une photo d’une girafe dans un ciel couchant… Une girafe dans ciel apocalyptique c’est cool !

 

Eau ou sable ? 

 

T’as de beaux yeux ! 

 

Eau et sable mélangés retombent sur terre. 

 

Au moment du coucher de soleil tout flamboie ! 

 

Un soir à Etosha 

 

Un nuit « chargée » 

 

 

L’escale en vidéo

 

 

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A suivre dans le prochain blog :
Etosha un parc national épisode 2 : des familles de lions, un éléphant au caractère bien trempé, … 

Nat & Dom
Texte et photos Nathalie Cathala.
Auteurs des vidéos : Dominique et Nathalie Cathala

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Lien vers 

La Liste rouge mondiale des espèces menacées

 

 

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