Voyage initiatique dans le désert, rencontre avec le Silence et la Paix

» Publié par sur 16, Mar 2018 dans Afrique, Namibie, Vidéo, Voyage | 9 commentaires

Voyage initiatique dans le désert, rencontre avec le Silence et la Paix

Résumé : Je vous emmène au coeur du silence et de la Paix profonde. Dans l’absolu dénuement du désert qui ressource! Mais avant il faut mériter notre Paradis et la piste est notre « purgatoire ». 

 

Bonjour,

 

Nous quittons la région de Aus pour remonter une partie du désert du Namib. Aujourd’hui, une piste réputée à la fois magnifique et difficile est au programme. Nous choisissons en effet d’effectuer un léger détour pour prendre la D707 au lieu de couper tout droit par la C27. Ces deux axes remontent vers le nord, l’un est une piste de cailloux, l’autre une piste de sable. Cette dernière sera le grand test pour Dom qui jusqu’à présent a connu plus de pistes caillouteuses que sablonneuses. Le risque des premières : la crevaison. Le risque des secondes : l’ensablement!

 

L’une des plus belles pistes de Namibie, la D707 (Cliquez pour agrandir le panoramique, ainsi que toutes les photos suivantes)

 

Au croisement de la C13 et de la D707, une construction étrange s’érige vers le ciel. Est-ce l’oeuvre d’astronomes passionnés ? Par l’absence de pollution lumineuse la nuit, la région est réputée offrir les plus beaux et plus riches cieux étoilés du Globe.

 

Ici les jours, mois, années s’écoulent au rythme du désert Les habitants prennent le temps d’ériger des constructions surréalistes.

 

Nous nous engageons sur la D707, la peur de l’ensablement est effacée par la splendeur des paysages. Des sommets noirs jaillissent d’un tapis de sable soyeux couleur carmin. Ce rouge lumineux domine tout le plateau. Le ciel bleu vif souligne l’immensité de cette éblouissante beauté. Nous vivons intensément notre liberté polychrome. Un espace infini, où il n’y a que nous !

 

Un enchaînement de paysages polychromes sur la D707

 

Une brise chaude se lève, la température atteint 42 degrés. Fenêtres ouvertes l’air nous brûle le visage. Sur le parcours, des arbres rabougris par la sécheresse paraissent fossilisés sur place. Toute ressource vitale semble tarie et pourtant le paysage est magnifié dans l’absolu dénuement. Une leçon de vie, ou de survie! Un voyage initiatique dans le désert.

 

La végétation semble fossilisée par la sécheresse

 

Les kilomètres s’écoulent, comme le temps. Avec la chaleur, naissent des illusions … des mirages. Des étendues d’eau nous apparaissent au pied de monts qui dansent dans une brume flottante. Un lit de rivière semble ressusciter et offrir un bain de racines aux arbres desséchés. Inaccessible trésor, l’eau est absente de cette région depuis plusieurs mois, voire plusieurs années.

 

De l’eau ! … Non un mirage !

 

Affaire de compromis

 

Dans ce décor qui nous extirpe de nos vies, et nous sort de nos carcans, les clôtures qui emprisonnent la piste dans un long couloir sont aux antipodes de l’esprit de liberté que la Namibie suscite. Une contradiction que nous tâchons de comprendre.

 

Je l’ai dit déjà dans les premiers blogs consacrés à la Namibie. Toutes les Terres ici appartiennent à quelqu’un. Rien n’est vraiment « public ». Que ce soient de « grands » propriétaires terriens, ou des réserves pour protéger la nature au sens large, la Namibie est cloisonnée. Quel paradoxe que d’évoluer au sein d’une telle vastité conditionnée par des barrières!

 

La piste : un couloir délimité par le barbelé

 

Le parc naturel de Tirasberge

 

Les Namibiens grâce à leur longue expérience de leur pays, dont les conditions climatiques sont atypiques, ont placé au coeur de leurs préoccupations la préservation de l’écosystème. N’oublions pas que la Namibie est le premier pays d’Afrique à avoir inscrit la protection de l’environnement dans sa constitution, ce qui est un geste fort à intégrer dans une volonté de bien-être de la population rurale.

 

Aujourd’hui, 44% de la surface totale du pays est un espace naturel protégé ou géré de manière durable.

 

Le long de la D707, quatre agriculteurs se sont associés pour protéger cette zone de 125 000 ha. Nous sommes exactement dans ce cas de figure où l’Humain tente de gérer à la fois ses intérêts et ceux de la nature. L’écosystème est si fragile ici, et pourtant des « agriculteurs » ou plutôt des éleveurs sont venus s’établir dans le Namib des montagnes Tiras. Cela me semble tellement incongru! Des éleveurs de bétail dans un désert ! Leur terre est ingrate, et demande plus de peine que de gain. Mais ils lui sont attachés.

 

Ils ont compris que la surexploitation était synonyme de déprédation. Qu’ils n’avaient aucun intérêt à jouer sur des profits à court terme, mais au contraire à envisager leur environnement dans une perspective d’avenir. Une mise en place d’agriculture extensive est la seule solution dans untel milieu.

 

Leur alliance les engage à ne pas « surexploiter » les pâturages les années pluvieuses de sorte que les années de sécheresses, il resterait, avec une bonne gestion des ressources, suffisamment de nourriture pour les animaux. Ils ont divisé leurs vastes terrains en parcelles qui mènent toutes aux abreuvoirs. Sachant que les animaux y viennent régulièrement, lors de ces grands rassemblements, il est alors facile aux éleveurs de les aiguiller vers tel out tel autre enclos. Dans une zone aussi aride, il faut un minimum d’un hectare par tête de bétail, afin qu’il parvienne à se nourrir.

 

Néanmoins, lorsque la sécheresse s’éternise, les éleveurs sont obligés de se séparer de pas mal de têtes de bétail. Ce qui fait chuter les prix, et met à mal le niveau de vie des familles. En revanche, lorsque la pluviométrie est bonne, le marché leur est plus favorable. Ainsi, pour pallier ces soubresauts climatiques, en marge de leur activité, ils développent l’écotourisme.

 

Longeant ces clôtures qui se déroulent à perte de vue, j’imagine mal que ces mers de sable cachent des pâturages! Et puis, je pense aux travailleurs de ces grandes exploitations, à la vie de ceux qui les entretiennent. Une vie « au milieu de nulle part » à poser du barbelé…

 

Je pourrais partir dans quelque autre raisonnement. Et vous dire que ces clôtures protègent, mais parfois entravent la faune. Certains herbivores (je pense aux Oryx, springbok) maintenus dans telle réserve ne peuvent plus migrer lorsque l’espace qui leur est dédié n’a pas vu de pluie depuis trop longtemps. Les pluies lorsqu’elles tombent (rarement!) sur le Namib sont violentes et localisées. Une grosse pluie réveille la nature en quelques jours, elle se dépêche de se renouveler avant de retourner à une léthargie salutaire pendant les mois de sécheresse. Ainsi, une réserve privée ou nationalisée, un parc « naturel » peuvent manquer d’eau pendant plusieurs mois, voir années. Puis le hasard va faire tomber la pluie de l’autre côté des barrières… et là, les animaux sont maintenus dans un espace appauvri tandis que l’abondance règne de l’autre côté des barbelés…

 

Le long des clôtures plusieurs cadavres d’oryx et de springbok gisent… La région n’a plus reçu la moindre goutte de pluie depuis 22 mois. Ces pertes nous serrent le coeur, et rien ici ne nous aide à oublier la détresse des conditions climatiques qui s’aggravent avec les changements que subit notre Planète. Nous avons quitté la D707 si belle, et rejoint la C27. La polychromie nous quitte, pour un espace devenu lugubre, terne et gris. La piste cahoteuse fait râler mon beau chauffeur.

 

Après la piste D707 lumineuse de sable rouge, nous reprenons la C27, piste cahoteuse, difficile, longue aux paysages austères.

 

Mériter son Paradis 

 

 À partir d’ici ( et c’est légitime) Dom grogne beaucoup, mais beaucoup, beaucoup … et souvent!

J’avoue craindre pour son dos! … La piste n’est pas mauvaise, elle est très mauvaise!

 

Porte d’entrée de l’une des plus grandes réserves privées de Namibie, le Namib Rand.

 

 Au bout de 100 km de torture, nous poussons la porte de la réserve du Namib Rand. C’est le début d’une révélation! Sur un territoire aussi vaste que l’île Maurice , nous expérimentons l’immense solitude. Mais pour la mériter, il nous faut subir une piste plus mauvaise encore (était-ce possible?) sur les 20 km qui nous séparent de l’aire de campement. Ce calvaire paraît interminable.

 

L’aire de campement Orion se mérite ! A l’arrivée l’espace est immense … Hors du temps, hors du monde

 

Miracle ! Arrivés au camp Orion, nous sortons de la voiture, nous nous redressons, et comme si nous venions de nous lever d’un parcours de santé, nous trottons au coeur de la merveille des merveilles, l’une de mes escales préférées en Namibie !

 

Pas d’électricité, pas de connexion, loin de tout réseau, le temps s’arrête! L’eau est pompée des sous-sols par énergie solaire, les Oryx viennent à l’abreuvoir à quelques mètres de notre point d’ombre.

 

Nous installons la tente au creux de dunes vermillon, à proximité d’un point d’eau. Une pompe silencieuse tire l’eau du sous-sol pour aider oryx, springbok, girafes à survivre aux conditions. Le gardien des lieux, Hermann, qui nous a accueillis, puis laissés à notre silencieuse retraite, nous disait que le voisin (situé à plusieurs centaines de kilomètres!) avait reçu la pluie l’an dernier, mais qu’ici sur la Réserve du Namib Rand, la pluie boudait depuis plus de deux ans! Ils perdent une cinquantaine d’animaux par an parmi les oryx, springbok…

 

L’oryx est bien adapté à ce milieu aride. Néanmoins, lorsque la sécheresse est trop longue les plus faibles périssent.

 

Nous logeons à 1000 mètres d’altitude environ, tout autour de nous trois chaînes de montagnes laissent dépasser leurs sommets d’une mer de sable :Bushman Hill (1690m) Chowgasberge (2063 m), Losberge (1976m). Un décor minéral où les oryx passent à proximité du camp.

 

Autour de nous les sommets de trois chaînes de montages, et … des dunes !

 

Nous savourons le silence absolu. Il me semble que ce trésor tant recherché, la paix, a ouvert les vannes en grand pour déverser ses insignes bienfaits. Nous contemplons, nous nous régalons de promenades sur les dunes, nous mesurons l’immensité au bonheur ressenti d’être ici. Et puis, à la nuit venue, quel spectacle ! Les étoiles et planètes se réveillent, la Voie lactée nous éblouit. C’est magique d’être ici !

 

Notre soirée illuminée par les Planètes, les étoiles, la voie lactée ! Une pure merveille, qui nous donne envie de nous allonger sur la sable, pour contempler le ciel généreux.

 

Merci la vie !

Un paradis en photos 

(N’hésitez pas à cliquer sur les photos que vous aimez pour les agrandir) 

 

La chaleur engendre l’illusion que l’eau est là… juste là

 

L’entrée de la Réserve, il reste une vingtaine de kilomètres de piste de sable et de caillasse qui fait « grogner » mon beau chauffeur

 

Le camp Orion. Il existe deux espaces similaires sur une surface grande comme l’île Maurice; Grâce aux panneaux solaires l’eau est pompée dans les sous-sols et nous disposons de commodités sanitaires certes, très rustiques, mais très utiles. Et puis cette eau permet d’abreuver la faune tout au long de l’année et de pallier la sécheresse récurrente.

 

L’oryx est une antilope de grande taille. Elle peut quasiment se passer de boire, si la végétation contient assez d’éléments hydriques. Le Namib Rand attend l’eau depuis presque deux ans. La végétation est donc de plus en plus pauvre en eau, et les abreuvoirs par pompage dans les sous-sols sont vitaux pour l’oryx.

 

Sérénité dans le désert au coucher du soleil. Ce moment où les températures commencent à baisser progressivement. On perd entre 20 et 30 degrés entre le jour et la nuit.

 

Nous ne nous lassons pas des paysages qui nous entourent. Une douceur visuelle qui cache une existence rude, basique, qui nous ramène aux valeurs essentielles de nos humbles existences

 

Prendre le temps, non pas de regarder, mais de contempler la nuit qui vient

 

Les rouges lumineux cèdent la place à l’or du ciel

 

Splendeur et dénuement, pour ressourcer l’âme, le corps, l’esprit

 

Compagnon de chambrée, bien dodu, grâce aux mouches qui forment de véritables essaims pendant la journée

 

L’oryx est particulièrement bien adapté à la vie désertique. On le trouve en Afrique et sur la péninsule arabique. Il possède un système élaboré de régulation thermique. La température du sang dans le corps peut monter jusqu’à 45 degrés sans causer de dommages, tandis que le cerveau peut atteindre 42 degrés. Le différentiel entre le cerveau et le corps est permis grâce à un réseau de vaisseaux sanguins situé dans les muqueuses. Lorsqu’il halète, les muqueuses se refroidissent par évaporation. Ce réseau appelé « réseau admirable » par les anatomistes est situé non loin de la base du cerveau. Le sang chaud des artères carotides passe dans ce réseau admirable avant d’entrer dans la cavité cérébrale.

 

Les Gangas (Pterocles namaque) sont des oiseaux de la taille d’un pigeon, communs au Namib. Leur régime granivore ne leur permet pas de trouver l’eau nécessaire, ainsi ils peuvent se déplacer sur 60 km quotidiennement pour trouver les points d’eau. Ils nichent au sol, et les jeunes sont capables de se nourrir dès après l’éclosion. Cependant ne pouvant pas encore voler, ils dépendent de leurs parents pour s’abreuver. Les mâles adultes possèdent des plumes spécialisées sur le poitrail, celles ci absorbent l’eau comme une éponge. Ainsi les mâles s’immergent avant de retourner vers leurs poussins. Ils transportent entre 20 et 40 ml d’eau que les jeunes boivent goulûment.

 

Afin de résister aux températures les plus chaudes de la journée, l’oryx oriente son corps de manière à exposer la plus petite surface possible au soleil.

 

 

Lorsque le vent souffle l’oryx gagne les crêtes, pour bénéficier au maximum d’une certaine « climatisation »

 

Ce n’est pas « l’homme à la chaussure noire », mais le randonneur à la chaussette orpheline. Une vilaine chute au Mesosaurus dans les cailloux, et la cheville enfle chaque jour …

 

Les grands espaces! La vie ! La liberté!

 

Toutes proportions gardée… Sur la dune à droite… vous me voyez ? … C’est le vrai ratio de l’Humanité face à notre Mère Nature !

 

Que du bonheur !

 

Certains arbres de type Acacias tortilis enfouissent leurs racines si profondément qu’ils parviennent à trouver de l’eau dans les basses couches

 

La survie dans le Namib

 

Suivre une ligne d’arbres, c’est trouver une source d’eau dans les sous-sols.

 

Notre top model du jour

 

Lignes pures… Plus de questions, tout est là !

 

Ce tronc symbolise pour moi, toute la beauté et la difficulté de vivre dans le désert

 

Panorama sur notre quotidien dans le désert

 

Une vie simple, à l’ombre pendant les heures les plus chaudes

 

Loin d’être stérile, le désert du Namib offre un écosystème à pas mal d’espèces, complètement adaptées aux conditions. Le Namib a connu des conditions désertiques ininterrompues pendant 65 à 80 millions d’années. C’est donc l’un des plus vieux déserts du monde. Le fait que le Namib ait connu des conditions désertiques depuis si longtemps a permis aux espèces de s’adapter remarquablement.

 

Coucou !

 

Prochaine étape, les plus hautes dune du Monde et le point le plus spectaculaire du Namib

 

Retrouvez la vidéo de cette « escale paradis » sur YouTube :

La Piste et l’arrivée au camp Orion

Nos escapades dans les dunes

A bientôt,
Poursuivons ensemble l’Aventure en Afrique
Nat & Dom
Texte et photos Nathalie Cathala.
Auteurs des vidéos : Dominique et Nathalie Cathala, montages Dominique Cathala

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9 Commentaires

  1. Merci pour toutes ces beautés, ces partages du cœur qui me transporte un peu avec vous au pied de la dune… Magnifique traversée !!! <3

    • Merci Marie Paule pour ton commentaire, du bonheur en partage !

    • MERCI POUR CE MERVEILLEUX REPORTAGE !!DES PHOTOS SUPERBES c’est un agréable voyage que je viens de faire dans mon fauteuil au coin du feu .Merci

  2. Rencontre avec le plus vieux désert du monde ! Loin de la civilisation les paysages sont sublimes, quelle résistance et adaptation pour les animaux.. Ce voyage vous transportera toute votre vie, merci de nous l’offrir en partageant vos sensations vos émotions ces merveilleux reportages..

    • Merci Dany, tu es parmi nos plus fidèles lectrices et en cela encourage à poursuivre le partage

  3. Quelle superbe étape, ces dunes rouges avec le contraste de ces quelques arbres bien verts, étonnant de résistance….et bravo à vous deux pour cette aventure hors du commun. Le dessert nous amène à ressentir une paix profonde, un détachement de nos urgences…Merci de ces beaux partages

    • Oui … tout à fait « un détachement de nos urgences » ! Plaisir de lire ton commentaire, Monique, merci

  4. Merci pour ce merveilleux reportage!!des photos superbes!!C’est un agréable voyage que je viens de faire dans mon fauteuil au coin du feu.Merci

    • un voyage à poursuivre, car la suite arrive, Amitiés Françoise

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