Nous ne sommes que poussières dans le Grand Écosystème !

» Publié par sur 19, Oct 2017 dans Afrique, Afrique du Sud, Vidéo, Voyage | 2 commentaires

Nous ne sommes que poussières dans le Grand Écosystème !

Étape 5 :  Kgalagadi Transfontier Park, KTP, Afrique du Sud – une route clairsemée d’oasis –  une rivière au lit de sable – des vies de poussière – le passage de la frontière – et … un spectacle inouï pour une soirée qui n’a pas besoin de télévision ! En fin d’article la fiche technique sur la route et le parc national du KTP

 

Bonjour, 

 Nous quittons le Ranch de Bagatelle, direction l’Afrique du Sud pour vivre au coeur du désert et de la faune. Nous avons choisi le Kgalagadi Transfontier Park autrement dit, le parc transfrontalier de Kgalagadi ou plus simplement le KTP pour son intégrité, et la certitude d’y voir des grands mammifères en totale liberté. Là bas, nous serons « nous-Humains », soumis à un protocole de respect et consentirons à perdre un peu de notre liberté pour participer à la pérennité de la biodiversité. Nous nous sentirons grains de  poussière dans le grand écosystème. 

 

La piste! Impossible de rouler sans lever un nuage de poussière

 

Nous parcourons 318 km, dont 40km de ligne droite sur bitume, le reste du temps, nous « naviguons » sur pistes. 

 

Nous suivons l’Auob, rivière asséchée qui serpente dans le désert du Kalahari

 

Sur la route le paysage est saisissant. Nous suivons le lit de la rivière Auob, parfois la piste se confond avec elle. La rivière Auob fêta dignement son passage au 21e siècle, puisqu’on y vit couler l’eau pour la première fois depuis 1973. À ce rythme les pluies n’alimenteront à nouveau l’Auob qu’en 2027! Des escarpements rocheux, semblables à des tables, s’émiettent de part et d’autre de la rivière de sable.

 

Un paysage de Far West

 

Si les rives sont rocailleuses, désertiques, arides, le lit trahit un espoir d’eau! Une ligne d’arbres serpente et témoigne de la présence de poches d’eau souterraine. Les arbres sont pour la plupart des épineux types acacias dont les racines fouillent le sol sur plus de 60 mètres de profondeur afin d’atteindre les nappes phréatiques. Ici, point n’est besoin du bâton de sourcier, les hommes se fient à la nature pour trouver l’eau. Cette collaboration s’est « intimisée » au rythme des impératifs de survie. 

 

Les collines surplombant l’Auob en forme de tables. Elles s’érodent par les vents toujours présents. Des vents chargés de sable qui poncent littéralement le paysage.

 

Même lors de précipitations exceptionnelles la rivière n’est jamais abreuvée tout de long d’amont en avale. L’eau ne s’écoule que sur certaines portions, car, rapidement le flot est interrompu par des amoncellements de sable ou de matières qui se sont agglutinés pendant plusieurs dizaines d’années. Ainsi, l’eau se fraye un chemin dans les sous-sols et s’aménage des poches. Le long de la rivière Auob, les réservoirs naturels procurent de l’eau claire jusqu’à 75 mètres de profondeur.

Pluviométrie Mondiale. Le Kalahari, la majorité de la Namibie et toute la partie ouest de l’Afrique du Sud sont parmi les régions les plus arides au monde, ne pouvant compter que sur un cumul annuel de pluie allant de 0 à 300 mm.

Au-delà, l’eau se minéralise tant qu’elle devient saumâtre. La région espère chaque année 150 mm d’eau. Mais ce cumul ne survient pas systématiquement. Le ciel ne diffuse jamais de petites pluies fines et revigorantes, mais il éclate en de violents orages. Les vents précurseurs de grains lèvent de véritables murs de sables, puis l’eau s’abat d’un trait, fulgurante comme l’éclaire. Tout se passe si vite que la nature doit en un temps record reconstituer sa prairie, graminées et fleurs éclosent en quelques jours. En deux semaines le paysage se métamorphose complètement, et les dunes rouges se couvrent de fleurs jaunes et d’herbes folles. Souvent, la pluie ne revient pas avant des mois, voire des années et très rapidement tout se flétrit et le désert regagne son royaume. 

 

Une nature qui force l’admiration. 
Qui fait se poser les bonnes questions sur la nécessité, l’essentiel…

 

Des habitations encerclées de végétation, une incongruité au coeur du désert ! Tout se vert d’un coup ! C’est trop !

 

Au bord de la piste, au milieu de nulle part, l’improbable surgit : un carré de verdure duquel émergent de hauts cyprès et quelques palmiers, parfois quelques jacarandas en fleurs, remparts illusoires d’une habitation contre la canicule ambiante et le sempiternel nuage de sable. Vivre au coeur de l’adversité, pourquoi? Comment? Après la Seconde Guerre mondiale, et la destitution de l’Allemagne en Namibie, le Kalahari fut morcelé en fermes de 10200 à 12800 hectares. Le mot « ferme » est bien prétentieux! Sachant que pour élever du bétail dans ces contrées semi-arides il faut plus d’un hectare par bête. Quelques familles tentèrent de s’y installer. Seules quelques unes parvinrent à survivre, et la plupart se transformèrent en gardiens de forages. Ces propriétés saupoudrées dans l’immensité poussiéreuse vivent en totale autonomie ne comptant pas sur les voisins qui se situent à plusieurs centaines de kilomètres.  

 

Quelle vie ! 

Sur la piste, nous doublons des jeunes qui se déplacent en charrette. Une bonne humeur indéfectible malgré le nuage de poussière que soulève notre 4*4 !

 

Sur 318 km nous croisons une autruche pressée, et une charrette bourrée de jeunes gens souriants, malgré que notre passage soulève un nuage de sable qui les enrobe vite!  

 

Une autruche solitaire gambade dans le lit asséché de la rivière Auob

 

Au bout de la piste, un poste de douane est annoncé par ses hautes tours portant quelques antennes, c’est le moment d’envoyer des SMS, pour donner notre position, quelques nouvelles à la famille.

Poste de frontière entre la Namibie et l’Afrique du Sud, à hauteur de Mata Mata

Vous aurez bien compris que le « réseau » ne passe pas dans le désert, et qu’il est difficile de mettre à jour en direct nos données sur Internet! Tant mieux! Nous aimons ces périodes « hors connexion ». C’est salutaire !  Nous sommes la seule voiture à franchir la douane. Heureusement, vu le temps passé côté namibien, si nous avions été plusieurs véhicules nous y passerions la journée. Côté Sud-Afrique, les formalités s’effectuent sur un coin de banc à l’ombre et avec de larges sourires. 

 

Mata Mata, le point d’entrée du KTP

Mata Mata est le point d’entrée du parc Kgalagadi depuis la Namibie. Les formalités réalisées, le plein de carburant fait, nous sommes libres de choisir nos pistes jusqu’à notre aire de camping, et il est tout naturel qu’un groupe d’Oryx, symbole du parc, nous accueille! 

 

 

Accès à Mata Mata, nos premières rencontres

L’oryx est le symbole du KTP. Parc créé pour préserver les herbivores. Ils furent si bien protégés qu’ils attirent aujourd’hui les prédateurs : lions, guépards, léopards qui s’invitent dans le Parc National, pour le bonheur de tous… sauf des herbivores !

 

En fin d’après-midi nous prenons nos quartiers dans une des tentes de Kalahari Tented Camp. Un aménagement bien adapté. Sur une structure sommaire en bois, des toiles militaires sont tendues, un petit coin cuisine et puis surtout, la voiture est mise à l’abri des dents voraces des hyènes qui ont pris l’habitude de ronger les pneus. Tout est parfait.

 

Le Kalahari Tented Camp, rien de superflus ! Tout est là

 

Nous nous positionnons en surplomb de la rivière asséchée et d’un trou d’eau. Si notre voiture est enchâssée dans des barbelés défensifs, aucune barrière n’est érigée entre la savane sauvage et notre point de vue. Nous avons l’impression de faire partie de la savane, que va-t-elle nous réserver? Qui se présentera en premier? 

 

Nous sommes prêts!

 

Le soir tombe vite, la savane se pare de couleurs feu, pour un instant fugace volé au crépuscule. Nous engloutissons notre plat de pâtes. OK, je vous l’avoue dès maintenant, nous ne sommes pas adeptes des BBQ à la Sud-Af : le Braai. Surtout, ne le répétez pas aux Sud-Af ! Ils nous prendraient pour des fous et nous reconduiraient à la frontière illico! Ici, le braai c’est la messe du soir ! Les Sud-Af livrent un véritable culte au sacro-saint Braai et la bière ! Nous cumulons les écarts de comportement : nous ne buvons pas de bière! Nous choisissons la simplicité le lyophilisé.  

 

La savane s’embrase dans les ultimes rayons de soleil

 

Les yeux rivés dans nos jumelles, nous remarquons une femelle guépard. Quatre jeunes la suivent à pas feutrés. Elle les emmène au plan d’eau. Nous sommes ébahis! Les pieds sur le muret de la terrasse, bien assis dans nos chaises au confort militaire, nous retenons notre souffle. Nous respirons sur la pointe de nos poumons, pour ne pas déranger l’équilibre d’un tel spectacle! Il leur suffirait de bondir pour dévorer notre plat. Chance, notre régime alimentaire nous sauve de toute fantaisie! Ils boivent rapidement, et ne s’éternisent pas. La maman est aux aguets. Leur allure si gracieuse me subjugue. Ils s’arrêtent. Ils semblent contrariés. Aussitôt, ils disparaissent dans la nuit ! Et pour cause, un lion arrive. Il marche comme monté sur roulement à billes. La démarche est lourde et assurée. Il arrive en maître des lieux. Deux lionnes le suivent. Les guépards ont bien fait de fuir! Dans la chaîne des dominations, les lions sont capables de tuer les jeunes guépards, juste pour une question de territoire… 

 

Finalement ce qui est le plus protégé à des milles à la ronde, c’est notre voiture! 

 

Hommes et voitures en cage, animaux en LIBERTÉ !

 

Nous décidons d’aller nous coucher, nous espérons voir tout ce petit monde à la fraîche, demain matin et avec la lueur du jour nous pourrions, s’ils consentaient à se montrer à nouveau, les photographier. Ce soir, sans le moindre appareil dans les mains, juste pour le plaisir, nous avons savouré la présence de 5 guépards et de 3 lions. Notre émotion suspendue dans la nuit, nous sommes conscients de notre vulnérabilité, conscients aussi de notre chance! N’est-ce pas fabuleux? Ici, les animaux choisissent de se montrer, ou pas ! Je ne pensais pas, dès le premier soir, assister à untel spectacle! 

 

À peine sommes-nous couchés que nous entendons autour de la tente des rumeurs. Peu à peu des grognements sourds se précisent et se renforcent. Pleine d’espoir, je murmure à Dom : 

-« Tu crois que ce sont les lions? ». 

– « Mais non, ce sont des gnous! »… 

– « Ha ??? Chéri, je n’ai pas vu de gnous aujourd’hui, t’es sûr que… »

– « Dors! » 

– « Bon OK… à demain »

 

Vidéo sur notre chaîne Youtube

 

Fiche technique du trajet et des réservations sur le KTP 

Départ de Bagatelle par la D1268
Puis nous empruntons la C20 pour 40 km de bitume
Sampriet : Plein d’essence possible ainsi qu’avitaillement (eau, nourriture)
Retour sur la « gravel road » C15 jusqu’à la frontière

 

Passage de frontière,
Formalités du côté namibien très austère et formel
Côté Sud Afrique formalités sur le pas de la porte avec une douanière tout sourire

 

Arrivée au Parc via Mata Mata. 

 

À savoir : 

Lors des réservations plusieurs mois à l’avance je n’avais pas obtenu de place dans les camps de Nossob et du Kalahari tented camp. Lors de l’inscription à notre arrivée, j’ai pu changer mes réservations sans frais. Explication : les grands groupes touristiques, tours operator, ventes par le net et autres bloquent en début d’année un nombre incalculable de places de camping ou lodge. Ils peuvent libérer les places un mois avant échéance sans pour autant avoir déboursé le moindre dollar. Ainsi, lorsqu’ils ne font pas le plein, il y a moyen de se faufiler en dernière minute dans les places libérées. Inutile de vous préciser que si vous passez par ces groupes qui vous débauchent en direct sur le NET ou par certaines agences de voyages vous payerez plus cher qu’en passant en direct avec les autorités du camp. Mais il faut néanmoins réserver plusieurs mois à l’avance, à certaines périodes le parc fait le plein, les places de camping et chalets sont limitées. 

 

Règles à respecter à l’intérieur du Parc national :
– Il faut impérativement avoir rejoint son aire de camping ou de logement avant le coucher du soleil et n’en sortir qu’après le lever du jour. INTERDICTION de circuler la nuit, hors des zones mentionnées par les autorités, donc… en pleine nature ! 
– La vitesse autorisée sur piste est de 50km/h et dans les camps 20km/h
– Les drones sont interdits
– Paiement d’un forfait journalier en 2017 pour un adulte et par jour : 304 ZAR ou 19 euros

 

Il est interdit de :

-déranger les animaux

-de nourrir les animaux

-de prélever le bois mort, du sable, ou des pierres

-de prélever quelle que plante que ce soit

-d’adopter une conduite qui mette en danger la faune et la flore

-de sortir des pistes tracées

-de laisser ses déchets ailleurs que dans les endroits désignés

-d’allumer un feu ou de causer un départ d’incendie

-de faire du bruit, d’écouter de la musique qui dérangerait la faune

-d’emmener des armes à feu, ou tout autres arme et poison

-d’importer dans le parc des espèces exogènes et invasives

-d’emmener des animaux de compagnie : chien, chat… 

-de déranger les rangers dans l’exercice de leurs fonctions

-de refuser d’obéir à l’autorité du parc et de refuser de se soumettre à tout contrôle et vérification du véhicule et de ses effets (afin d’éviter l’exportation de trophées, et le braconnage). 

Le parc est à cheval sur le Botswana et l’Afrique du Sud, il est frontalier avec la Namibie. Sa situation en fait l’un des parcs les plus sécuritaires pour la faune. Le braconnage n’y est pas connu, grâce à son éloignement et accessibilité relativement difficile. 

 

Nous trouver sur le net 

Sur Face book : facebook
le site : etoiledelune.net
Inscription à la « niouze-lettre » : lettre d’escale
Texte et photos Nathalie Cathala.
Auteurs des vidéos : Dominique et Nathalie Cathala, montages Dominique Cathala

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A plus, pour la suite des aventures !

 

2 Commentaires

  1. Bonsoir Bonjour Nathalie ♥ Merci pour cette nouvelle police qui est effectivement plus lisible ♥ La suite de vos aventures est comme un plat régional qui se déguste ♥ Quelle joie d’avancer avec vous et de retrouver certaines photos ♥ A quand la pluie ? Gros bisous et grand merci ♥♥♥

    • Merci Annie, oui, j’avais envie de rendre ce blog plus lisible, la police me chagrinait, trop petite… La pluie… ils l’espèrent chaque année, nous avons connu des régions qui ne l’avait plus vue depuis 5 ans. C’est très « injuste », parfois une région reçoit son « lot »… à concurrence des 150 mm de cumule sur une année, et la zone juste limitrophe voit passer les gros nuages noirs, le vent qui dessèche et rien ! … ils attendent toujours, pour inverser le cours du destin, en attendant, tout le monde à soif !

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