Vers Praslin ! Seychelles, des choix difficiles …

» Publié par sur 13, Juil 2016 dans Album, Indien, Seychelles, Vidéo, Voyage | 0 commentaire

Vers Praslin ! Seychelles, des choix difficiles …

Bonjour,

Nous quittons Mahé, et rallions Praslin. Nous profitons d’une traversée sur le pont supérieur du catamaran rapide. Nous verrons, en route, un couple de dauphins longer la coque, et une petite fille nous faire un numéro de charme. L’avion n’est pas indiqué pour passer d’une île à l’autre, c’est cher, et les contraintes ne sont pas exemptes. Par contre, l’option bateau est parfois TRÈS remuante ! Aujourd’hui, tout est calme et beau.

Sur le catamaran, j’observe les familles seychelloises. Et je pense à la particularité insulaire. Les îles font rêver les continentaux. Mais les insulaires rêvent-ils d’espace et d’étendues continentales? Une île est par définition un territoire restreint par la mer. On s’y sent rapidement à l’étroit. L’envie de changer d’air y est chronique. Aux Seychelles la plus grande des îles n’excédant pas une surface de 144 km², et représentant 1/3 du pays, la sensation d’exiguïté y est, à long terme, sensible. L’isolement lié à l’obstacle marin se ressent dans les denrées disponibles. On y manque toujours de quelque chose. Le réflexe îlien lorsqu’un bateau de ravitaillement arrive est de se précipiter dans les magasins. Et d’acheter en grande quantité (parfois de trop) une denrée qui a manqué pendant plusieurs semaines, voire des mois! L’autre solution est de se rendre sur l’île voisine. Mais il y a peu de possibilités aux Seychelles, seule Mahé dispose de quelques grandes surfaces, bien achalandées, il est vrai!

Cat Coco, navette des Seychelles

Cat Coco, navette des Seychelles

Nous connaissons bien ce rythme, le manque est l’apanage de la vie de bateau. Le manque est l’apanage des îles ! Les Seychellois nous confient qu’ils vont s’approvisionner à Maurice. Ils y trouvent un coût de la vie inférieur au leur. Néanmoins, Maurice subit aussi quelques pénuries, mais celles-ci se cantonnent à des produits spécifiques et qui trouvent souvent un équivalent. Les Mauriciens quant à eux vont faire leurs courses à Dubai, ou Singapour… Aux Seychelles, c’est au quotidien qu’il faut compter avec la paucité des biens de consommation. Et tous n’ont pas les moyens de se déplacer pour trouver ce qui leur manque. Alors, on s’en passe! Ou on gruge la réalité, tâchant de bricoler un robinet qui ne trouve plus de joint adapté, une pièce mécanique défectueuse, un cadre qui ne trouve pas de fenêtre… la peinture pour finir de peindre la maison qui change de ton au rythme des travaux …

Tous ces petits « défauts », ont inspiré à Jean François Dupon dans son étude géographique des Mascareignes cette expression : « Ce sont de faux Eden insulaires ». Il fait référence aux influences coloniales, qui n’ont pas laissé la place à une culture vivrière capable de nourrir toute la population. L’agriculture actuelle est bloquée par les mauvaises habitudes prises dans un passé colonial lourd de conséquences. Les développements des plantations et l’esclavage ont favorisé les monocultures de rapport : le café, les épices … Ces mauvaises habitudes liées à un espace cultivable naturellement limité, et une structure foncière déséquilibrée font qu’aujourd’hui le peuple seychellois importe une grande partie de ses denrées.

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Révolution touristique aux Seychelles

Après l’indépendance en 1976, la démographie croissante a obligé le gouvernement à trouver des revenus afin d’éviter la paupérisation de sa population. L’archipel n’était pas destiné à devenir une grande nation productrice et industrielle, comme ce fut le cas après l’indépendance de Maurice. Alors, il opéra une Révolution originale : la Révolution touristique !

Très vite, les autorités ont fait le compte des atouts touristiques : ambiance tropicale (climatique et sociale), dépaysement pour les étrangers, plus de 70 plages magiques tapissant la moitié du littoral, cinq archipels avec chacun leur typicité, granitique ou corallienne, des paysages uniques au monde.

Les Seychelles doivent leur viabilité économique, leur stabilité politique et leur développement social au tourisme. C’est un des exemples où ce tournant fut ô combien réussi. Ce tournant a été réalisé en même temps qu’une volonté farouche de défendre le patrimoine naturel, sans lequel, le touriste ne viendrait plus. Une intelligence de développement rarement rencontrée dans l’océan Indien (et ailleurs) ou souvent l’appât du gain tue dans l’oeuf toute velléité de protection de la Nature. Les Seychelles ont voulu éviter la débauche touristique que l’on retrouve aux Caraïbes ou en Asie du Sud-Est. Les obstacles institutionnels et culturels ont inhibé les excès et 43% du territoire sont classés « réserve nationale », dont deux sites classés au patrimoine mondial.

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Certains sites abandonnés

L’archipel se distingue également par son rapport qualité/prix, en 2004 elle reçut la palme de destination « la plus chère au monde », avec un service qui ne suit pas ses ambitions. L’hôtellerie est souvent « vieillotte », les pensions plus chères que des hôtels de luxe des pays limitrophes. Autant dire que la compétitivité n’est pas le point fort de cette destination. On y va, parce qu’on aime et on s’assoit sur ses principes de comparaison !

Pourtant, tout avait bien commencé, dès 1971, la couronne britannique offrait à l’archipel ce qui allait devenir son atout majeur : l’aéroport. En 1983, il se dotait de sa propre compagnie aérienne. Ce qui fait qu’avec les Tonga, les Seychelles sont le plus petit pays à posséder sa compagnie aérienne. Ils en sont très fiers. Pendant le trajet, les hôtesses n’ont cessé de nous seriner que lors des World Travel Awards (WTA) la compagnie « a été élue meilleure compagnie aérienne de l’océan Indien et a également décroché le titre pour la deuxième fois d’affilée de compagnie ayant la meilleure classe Affaires dans la zone ».

Meilleure en quoi ? Certainement pas pour ses petits plats? Quant au service, il n’est pas meilleur ou pire qu’ailleurs. Mais l’essentiel est qu’ils soient contents !

Aldabrachelys gigantea Tortue des Seychelles

Aldabrachelys gigantea Tortue des Seychelles

En revanche, les îles ne peuvent compter sur l’apport des croisiéristes, l’archipel ne s’y prête pas : peu de mouillages, faible capacité d’accueil, EXIT les paquebots baladant des milliers de personnes ! Les Seychelles ont pu compter depuis leur indépendance sur des investisseurs étrangers. Certains n’ont pas hésité à acheter des îles entières afin d’y établir une base de tourisme très haut de gamme. Les autorités ont donc toujours jonglé entre la protection de l’environnement, voire le protectionnisme et nationalisme (insufflé par France Albert René) et l’ouverture nécessaire au développement du pays. Ainsi d’un côté on se retrouve avec quelques îles hôtels, de l’autre avec l’atoll d’Aldabra, et plus de150 000 tortues éléphantines offertes par les Seychellois au patrimoine mondial de l’humanité.

En 2000 Eden Island

En 2000 Eden Island

Ces dernières années, par contre, le gouvernement a autorisé des projets, qui surprennent tout le monde et en premier les Seychellois. Ceux-ci grognent aux abords de Eden Island. Un projet fou qui établit un ghetto de riches sur ce qui était à l’origine un « pâté de corail ». Les photos parlent d’elles-mêmes. Aujourd’hui, c’est une lagune hideuse autour de laquelle s’articulent des maisons somptueuses devant lesquels attendent des supers-yachts. Une image détruite, un décor spolié. Heureusement, ils ont commis cette infamie dans la baie de Victoria, à côté du port de commerce (je me demande d’ailleurs qui investit autant d’argent à cet endroit-là!)

Eden Island Ghetto de Riches

Eden Island Ghetto de Riches

Peu importe, c’est sans doute la première chose que l’on remarque en arrivant aux Seychelles, comme une cicatrice en pleine figure!

Deuxième balafre, la résidence du Sheikh Khalifa Ben Zayed Ben Sultan Al Nahyan. Il est le Président des Émirats arabes unis, L’Émir d’Abu Dhabi. On ne voit qu’elle, la résidence orange qui occupe les hauteurs du Morne Seychellois. Au départ, c’était une petite base américaine, établie là, afin d’opérer les surveillances qu’imposait la nouvelle donne opérée par les pirates somaliens, qui empoisonnaient le commerce et la pêche de l’archipel. Avec le départ des Américains, le Sheikh a offert 2 millions de dollars pour s’offrir 26 hectares de terrains sur Mahé. Pour endormir les autorités face à cette verrue qui se développa dès 1995 sur les montagnes « classées » de Mahé, le Sheikh déversa 130 millions de dollars afin de contribuer aux aides sociales, et militaires (incluant des patrouilles anti-pirates dans le golfe de Somalie). En 2005, le Sheikh agrandit son territoire de 11 hectares, pour 500 000 dollars. En 2008, le Sheikh injecta à nouveau 30 millions de dollars dans l’économie seychelloise.

Palace du Sheikh à Mahé

Palace du Sheikh à Mahé

Quoi qu’il en soit, « la verrue-palace » du Sheikh fait parler tout le monde ! En premier lieu, tout le monde se demande où est réellement passé l’apport du Sheikh. Certes des écoles et même des universités flambant neuves fleurissent, l’hôpital a été rénové (mais les Seychellois s’en défient et vont se faire soigner à Maurice) et les voitures de police et certaines cités sociales attestent que l’argent a bien été utilisé. Pourtant, il n’est pas un jour sans qu’on entende que telle ou telle règlementation ait été dictée par le Sheikh, comme celle de ne pas vendre d’alcool avant 11 heures du matin, par exemple. Le créole est fêtard, il aime boire, et il s’offusque qu’un étranger puisse dicter des lois dans son pays. Les Seychellois chuchotent également que contre monnaie, le Sheikh invite les Seychellois à se convertir. Depuis 2007 la population musulmane serait passée de 1% à 3%, le nombre de mosquées a triplé à Victiria. Les conversions se multiplieraient sur Mahé et elles commenceraient sur Praslin. Mais attention, tout ceci se susurre dans les rues, et on sait ce que valent les ragots des rues ;-). En revanche, les chiffres, l’apport financier, et l’établissement du Sheikh sont indéniables.

Les Seychelles ont fait le choix courageux de barrer la route au tourisme de masse qui piétine tout sur son passage. Mais elles doivent faire face à des difficultés inhérentes aux crises qui se succèdent. Les compromis de ces dernières années sont « osés », pour ne pas dire « déconcertants ». Gageons que l’allégation de « faux Eden insulaire », ne soit jamais justifiée aux Seychelles !

Nat et Dom sur les chemins du monde
Texte et photos Nathalie Cathala.
Auteurs des vidéos : Dominique et Nathalie Cathala, montages Dominique Cathala
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Bibliographie
Jean François Dupon, « COntraintes insulaires et coloniales aux Mascareignes et aux Seychelles »
http://www.routard.com/forum_message/2570208/seychellesle_debut_de_la_fin.htm
https://en.wikipedia.org/wiki/Khalifa_bin_Zayed_Al_Nahyan

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