Philippine-style, pour refaire l’Histoire !

» Publié par sur 5, Sep 2015 dans Album, Philippines, Vidéo, Voyage | 0 commentaire

Philippine-style, pour refaire l’Histoire !

Bonjour,

Lorsqu’on vous parle de Bohol au beau milieu de l’archipel des Visayas, on vous aiguille vers les « chocolats hills », Panglao trop courue et touristique, la rivière Loboc et ses attractions… Aucun guide ne vous parle de Anda… ou alors, une phrase bâclée en filigrane. Tant mieux! Anda, ce petit mot circule d’une oreille à l’autre entre les amoureux de paix, d’endroits préservés… Après notre grande virée dans le nord et ses rizières, dans le centre avec ses rivières, nous voici dans l’ouest au bord de belles eaux couleurs lagon. Nous y découvrons d’abord, une petite plage, des « logements sans prétention », comme l’annonce le Gallimard. Notre curiosité nous pousse au bout de la route, bien au-delà de l’arrêt de bus. Il exécute devant nous un demi-tour impossible sur une voie exiguë, et ce, sans ébranler le moindre bambou des maisons environnantes ! Chapeau !

Nous découvrons au-delà de la route, des vrais petits coins de paradis. Des Maisons sur pilotis, des barques, des pêcheurs, des bananeraies, des cocoteraies, la vraie vie philippine côté mer. Un côté à la fois bucolique et marin. C’est fou ce qu’on se sent bien!

Notre petite voiture continue. Dom qui a roulé depuis le début de ce voyage sur toute sorte de chemins impraticables, ne sourcille plus lorsque la terre remplace le bitume. Puis, d’une terre bien battue, les nids de poule creusent la route, et les cailloux finissent par nous arrêter devant une maisonnette ouverte.

Terry nous accueille d’un grand sourire. Nous avions vu dans le village précédent des grands panneaux annonçant un site archéologique, vu qu’il n’y avait aucune localisation, nous avions pensé qu’il était impossible de le retrouver… sauf, par hasard. Et comme le hasard fait bien les choses. Nous voici avec Terry traversant, à pied, des petits ponts de bambous, pour atteindre une maison sur pilotis, descendre au niveau de l’eau, grimper dans une bangka, qui nous mène droit à … l’île de la sorcière!

Ben voyons… Après Siquijor, nous voici repartis dans les nébuleuses mystérieuses de la magie.

Avant tout, Terry nous rassure, et compte nous raconter toute l’histoire… voire la Préhistoire de cette île en marge de Bohol, qui dégage un « je ne sais quoi » de fascinant.

Prenons un petit moment avant de nous lancer dans de grandes explications. Terry a une manière bien particulière, pour une guide historique de situer les événements dans le temps. Il y a la Préhistoire, l’Histoire, mais il y a surtout sa date de naissance. Tout ce qui s’est passé avant est loin, loin, loin… tellement loin que ça fait bien partie de la Préhistoire, tout ce qu’elle a connu de son vivant fait partie de l’Histoire. Après avoir compris cette subtilité, je me suis dit qu’il fallait illico que je sache ses secrets de longévité, et, le cas échéant, antirides!!! Ha, ha ! Le temps et les îles… La notion du temps et les pays tropicaux. Ah, voilà un sujet dont je pourrais parler des heures. Les horloges de certains pays accusent un tel décalage que l’échelle de valeurs est hors normes.

L’îlot que nous visitons est creusé de multiples grottes et cavernes. Certaines d’entre elles sont encore utilisées aujourd’hui par les  » Mananambals ». Ceux-ci se réunissent dans certaines grottes qui présentent des autels naturels. Les guérisseurs y pratiquent le sacrifice de coqs, ou autres gallinacés, bougies, incantations, encens… Ces groupements de « sorciers » ont pour but la fabrication des onguents, et potions de l’année. Cela se fait à Pâques, ou autres fêtes religieuses. Histoire de ne fâcher aucune force surnaturelle.

Ceci se pratique aujourd’hui, ainsi c’est classé dans le contemporain de Terry.

Bien avant la naissance de Terry, et avant que les Mananambals ne se réunissent sur l’îlot chaque année. Une femme, du village voisin s’est réfugiée là, dans l’une des grottes, elle y a finit ses jours en ermite. Frappée de suspicion de sorcellerie, la pauvre femme a été victime d’ostracisme. Il reste dans la grotte des outils de corail ou de coquillage qui lui servaient à pêcher et à vivre ou survivre. On voit encore des marques des feux qu’elle faisait. Finir sa vie avec, pour seule compagnie les chauves-souris, pour avoir été soupçonnée de sorcellerie, dans un archipel qui compte déjà au moins deux « îles aux sorcières »… Parfois, il ne faut pas chercher à comprendre. J’essaye pourtant, avec Terry de décoder tout ça. Je n’y parviens évidemment pas ! ça s’est passé bien avant sa naissance, mais au cours du siècle dernier. Ce qui nous rapproche de l’Histoire!

Terry, dans les méandres des chemins invisibles de l’île, nous dévoile des fossiles, et notamment ceux de bénitiers géants incrustés dans la roche. Des merveilles !

Et nous voici partis pour notre troisième grotte. Celle-ci est qualifiée de préhistorique. Alors, permettez-moi, un instant de compléter le récit de Terry, par quelques informations consignées dans les tablettes des archéologues philippins.

Cet îlot est habité depuis plus de 2000 ans. Les archéologues ont retrouvé des jarres funéraires, celles-ci ont existé dans le sud-est de l’Asie depuis le huitième siècle avant Jésus-Christ, et jusqu’au neuvième siècle après Jésus-Christ. La particularité du site funéraire retrouvé sur Lamanok est que les jarres très anciennes ont été retrouvées à côté de cercueils en bois. Ceux-ci datent du huitième siècle après Jésus Christ et jusqu’au 15e siècle. Des « peintures rupestres » ou plutôt les marques de mains trempées dans un colorant ont été retrouvées sur les murs autour du site funéraire. Comme le dit Terry, cela remonte à tellement loin qu’on ne sait pas à quoi correspondait cette façon de s’exprimer. De plus, des pilleurs ont découvert le site avant des chercheurs. Il ne restait que des bris de jarres, de poteries, et de cercueils. Les ossements éparpillés partout.

Terry, ainsi que quelques villageois pas trop superstitieux ont ramassé les ossements, ils les ont réunis dans un coffret de pierre qui à présent est protégé d’une vitre. Cette deuxième sépulture a été accompagnée de prières, et de respect qui permettrait peut-être de racheter les fautes des pilleurs de tombes. Du moins c’est ce qu’espère Terry, en levant les yeux au ciel.

Malheureusement, c’est tout ce que je peux vous dire sur cet îlot qui mériterait des fouilles approfondies. En cherchant sur le NET, ce qui pourrait m’aider à étayer mon récit, je n’ai trouvé que celui d’un Philippin qui est allé tout comme nous au bout de la route. Mais lorsqu’il a appris que le surnom de Lamanok était « l’île de la sorcière », il n’a pas poussé ses investigations au-delà du petit pont de bambou, et a fait demi-tour.

A plus, quelque part entre L’Indien et le Pacifique
Nat et Dom sur les chemins du monde
Texte et photos Nathalie Cathala, tous droits réservés, pour toute utilisation me contacter
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