Jean Marie Tjibaou, le centre culturel

» Publié par sur 26, Nov 2012 dans Escales, Nouvelle Calédonie | 0 commentaire

Jean Marie Tjibaou, le centre culturel

Bonjour,

En lisière du sud de Nouméa, entre la baie Tina et Magenta, sur une presqu’île, se trouve le centre Tjibaou. En arrivant en Nouvelle-Calédonie, tout le monde nous disait que c’était un « must ». Le centre dédié à la culture kanake a été érigé non loin du site où le premier festival mélanésien eut lieu en 1975. Il fut présidé par Jean-Marie Tjibaou.

Lorsque le président de ce festival prit la parole, il prononça des paroles fortes qui restèrent gravées dans les mémoires. En guise d’introduction, il dit ceci :
« Nous avons voulu ce Festival parce que nous croyons en la possibilité d’échanges plus profonds et plus suivis entre la culture européenne et la culture kanake. » Puis il conclut par :« L’espoir qui sous-tend ce projet est grand… Nous devons ENSEMBLE le réaliser pour l’avenir culturel de notre jeunesse et la santé de notre pays. »

Mélanésia 2000 marque le début d’une renaissance culturelle pour le peuple Kanak, pour la première fois la culture kanake est présentée bien vivante et non plus comme une culture vouée à disparaître. Le festival réunit en tant qu’acteurs, plus de 2 000 Kanaks des tribus de la Grande Terre et des Îles Loyauté. Cinquante mille spectateurs feront le déplacement.

Aujourd’hui le centre culturel Tjibaou, ne se limite pas à un seul festival. Il est ouvert tous les jours et il est le symbole fort de la culture kanake.

Qui était Jean Marie Tjibaou?

Jean-Marie Tjibaou débute sa vie adulte en tant que prêtre mariste. Au contact du père Jacob Kapéta, il est initié aux problèmes ethnopolitiques, son premier maître à penser est centriste, démocrate-chrétien, pluriethnique et aussi autonomiste. A la mort de son père en 1970, Jean Marie Tjibaou délaisse sa vocation religieuse, demandant et obtenant en 1971 sa réduction à l’état laïc, pour entreprendre une carrière militante. Toujours croyant, il estime qu’« il est impossible à un prêtre dans ce territoire de prendre position, par exemple en faveur de la restitution des terres au peuple kanak. »

Sa carrière politique est véritablement lancée en 1977. Il est élu en mars maire de Hienghène, sur une liste dissidente clairement indépendantiste, baptisée « Maxha Hienghen », ou « Relever la tête ». Ayant le soutien au sein de la vieille garde des politiciens de son camp, il devient la nouvelle figure de proue du parti indépendantiste.

Jean-Marie Tjibaou fait le choix d’une lutte politique fondée sur le respect des institutions en place et les principes de la non-violence. Ce choix n’a pas toujours été partagé dans son propre camp. Le F.L.N.K.S a reçu une aide financière de la part du gouvernement libyen. Les militants du F.U.L.K. (Front Uni de Libération Kanak) entretiennent des liens avec les services libyens du colonel Mouammar Kadhafi – notamment en participation à des stages de formation à la solidarité révolutionnaire internationale à Tripoli.

Le 1er décembre 1984, lors du 1er Congrès du FLNKS organisé dans la tribu de La Conception au Mont-Dore, un gouvernement provisoire de Kanaky (GPK) est institué, avec pour président Jean-Marie Tjibaou. Celui-ci lève alors pour la première fois le drapeau adopté par les indépendantistes comme leur emblème national, dit « Drapeau Kanaky ». Tjibaou et les membres du secrétariat du FLNKS (dont le secrétaire général Jean-Pierre Deteix) organisent ainsi un véritable gouvernement semi-clandestin, avec ses institutions et ses symboles.

Le 5 décembre 1984, Tjibaou paye très cher son geste : sur la route qui mène à la mairie de Hienghène, d’où ils revenaient d’une réunion locale, dix Kanaks, dont deux de ses frères, sont assassinés par des « Caldoches » (ou Néo-calédoniens d’origine européenne, souvent d’anciens bagnards) dans une embuscade.

La décennie 1980 est marquée par ce que tout le monde nomme avec pudeur les « événements », mais qui fut le siège d’une véritable guerre civile extrêmement sanglante entre les différentes ethnies qui peuplent la Nouvelle-Calédonie. Les clans caldoches, kanaks et interethniques s’assassinant dans la brousse, sans que plus personne ne puisse agir pour la paix. Les récits les plus violents courent encore sur l’île et pour peu qu’un témoin de l’époque s’épanche sur ce qu’étaient, au quotidien, les « événements », on n’a qu’une envie, c’est de n’être que de passage sur l’île et pour un temps le plus bref possible… Dès fois que tout ça leur reprendrait… Bon OK… Tout cela n’est pas drôle et il est très difficile de détendre dans ces conditions l’atmosphère.

Bref, la Calédonie était alors coupée en morceaux rendus imperméables par des barrages indépendantistes, des barrages loyalistes et des barrages de gendarmerie.

La violence est immaîtrisable, aucun chef de clan ne parvient plus à raisonner ses troupes. La situation est de plus en plus scabreuse sur l’île. Des gendarmes sont régulièrement pris en otages, et les familles d’expatriés ne peuvent plus être assurées d’une quelconque sécurité. Le 5 mai 1988, à Ouvéa un groupe de gendarmes est une nouvelle fois pris en otage par les indépendantistes. Certains sont tués. Dans cette situation explosive, l’assaut est donné et c’est le drame. Un vrai carnage qui devient le point culminant qui marque fortement les esprits.

Le 26 juin 1988, Jean-Marie Tjibaou signe avec, entre autres, Jacques Lafleur (leadeur caldoche) et le premier ministre Michel Rocard, les accords de Matignon, qui prévoient un référendum sur l’autodétermination après dix ans et ramènent la paix après quatre années de quasi-guerre civile. Dans les accords de Matignons, les indépendantistes font une grande avancée sur le plan des droits des Kanaks.

Bien que l’avancée soit réelle pour les Kanaks, Jean-Marie Tjibaou fut assassiné le 4 mai 1989 par les siens. Invité à la commémoration de la tragédie d’Ouvéa, par Djubelly Wéa, un Kanak indépendantiste, ancien conseiller territorial et membre du FULK, opposé aux accords de Matignon de juin 1988, il reçoit une balle mortelle. Il s’agit du dernier épisode sanglant des années 1980, qui est le symbole de la complexité du problème néo-calédonien.

Rassurez-vous, actuellement la Nouvelle-Calédonie, est « calme »… elle semble, attendre. Qu’attend-elle?
2014-2018, échéance prévue dans les fameux accords de Matignon pour conduire la Nouvelle-Calédonie vers… Vers l’Indépendance totale? Vers plus d’Autonomie financée par la France? Vers plus de ??? Pourvu que ce soit plus de bonheur pour tous. Mais vu les regards fermés que nous rencontrons … Et bien, je ne peux vous dire ce qui attend ce territoire. Nous croisons néanmoins beaucoup d’expats qui eux restent très optimistes, gardent un sourire rayonnant et croient en cette formule magique : « le destin commun ».

A plus, pour la visite en deux partie du centre Tjibaou
Nat et Dom

EtoileDeLune

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