VANUATU : le kava, Produit d’autrefois et consommation d’aujourd’hui

» Publié par sur 19, Août 2012 dans Escales, Vanuatu | 0 commentaire

VANUATU : le kava, Produit d’autrefois et consommation d’aujourd’hui

Bonjour,

On lit dans tous les guides touristiques et encyclopédies du Net qu’au Vanuatu le cérémonial du kava est très respecté. Les hommes se transmettent sous l’emprise du breuvage amer le savoir séculaire, tandis que les chefs boivent la substance en priorité sous le toit de natangora du Nakamal. Le kava est le garant de la hiérarchie et de l’organisation sociale du clan. Tout ce rituel est encore d’actualité lors de grands événements, comme ceux du passage de grade dans les îles reculées du nord de l’archipel, ou lors de rituels ancestraux des îles du sud. Tout est encore vivant, mais il faut avouer que certaines largesses règnent autour du kava.

En tant qu’étranger, on assiste plus souvent à des réunions informelles qu’à de grandes cérémonies. Le kava s’est drastiquement démocratisé!

Comment est-on passé d’une consommation extrêmement codifiée à un usage « laxiste », voire mondial?

La plante d’origine est le Piper wichmannii encore utilisée dans les médecines traditionnelles des îles du Nord. Cette racine est connue depuis la nuit des temps par les peuples océaniens. Ils l’auraient « clonée » afin de sélectionner de bouturage en bouturage des arbustes aux racines de plus en plus abondantes. Sur 120 espèces existant dans le Pacifique, 80 sont endémiques du Vanuatu. Les variétés sont utilisées et classées par les ni-vans pour des usages différents, des cérémonies différentes, un peu comme on le ferait pour les cépages de vigne. Lors d’une « foire agricole » sur l’île de Malo nous avons vu des producteurs proposer leurs plus grosses racines au concours mis en place par la communauté. Le gagnant est reparti avec un superbe coq!

Kava signifie « amer » quelque soit le dérivé linguistique de ce mot, il tourne autour de la notion d’amertume. Il se consommait uniquement à la tombée de la nuit, au moment où le monde des hommes et des ancêtres se rejoignaient. Le kava engourdit le corps et garde l’esprit clair. On le nomme aussi, le « poivre enivrant ». Souvent la cérémonie du kava est associée à un acte de « crachat ». Le buveur crache à terre, ou en l’air, la première ou la dernière gorgée, selon l’île et la coutume. Mais quel que soit le détail du rite, cet acte a pour symbole de mettre en relation l’intérieur avec le dehors. Un mouvement du breuvage de l’intérieur vers l’extérieur concrétise l’accord total entre l’être et la nature. Le moment du kava était aussi une sorte « prière » afin de demander une bonne récolte, la venue d’un enfant, une bonne santé. Sous l’emprise du kava, certains buveurs rêvaient éveillés et partageaient leur vision. On disait que les ancêtres s’exprimaient au travers d’eux…

Le kava revêtait une valeur élevée, et faisait partie du lot des offrandes rituelles au sein des nattes, cochons, ignames, taros… C’était une marque d’amitié, de paix, ou le signe fort d’une nouvelle alliance. Il pouvait aussi permettre autour de palabres le rachat d’une offense. Aujourd’hui, il a encore cette valeur, et fait partie des dons d’un homme à sa belle famille lorsqu’il se marie.

Pour toutes ces raisons, le kava ne se consomme jamais seul, mais en groupe.

Le kava a failli se perdre complètement. Lors de l’établissement des missionnaires presbytériens au Vanuatu durant le 19e siècle, le kava, ainsi que les coutumes, les danses, les « costumes » traditionnels et la polygamie ont été frappés d’interdiction. Dans un même temps, les colons français et anglais importèrent l’alcool (du gin de très mauvaise qualité). La contrebande d’alcool remplaça les rites du kava. L’alcool eut, comme partout, des conséquences désastreuses sur les relations entre Ni-Vans. La violence éthylique fit son apparition…

En 1970, un groupement indépendantiste réveilla les valeurs ancestrales. Le kava refit surface, il eut le pouvoir d’un ciment identitaire, et comme ce fut le cas pendant des siècles il unit le peuple autour d’une même cause. Le kava devint non seulement le symbole de la conquête populaire, coutumière et culturelle, mais il prit aussi une valeur commerciale mondiale. En 1980, la jeune nation ni-vanne se devait de trouver des ressources. Le kava fut vanté pour ses vertus thérapeutiques.

En 1990, les pays occidentaux se jettent sur le kava. Il devient derrière le coprah la deuxième économie du Vanuatu. Il s’exporte vers le Canada, les USA, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Japon… Il se consomme en gélules, en sachets de thé, en sirop… En 2000 les exportations de Kava en provenance du Pacifique augmentent de 500 %. Mais en 2001 des cas d’hépatites poussent les gouvernements occidentaux à interdire cette substance. Des études montrent que les racines étaient mélangées à des tiges de « poivre enivrant ». Or, dans le kava seule la racine est « propre » à la consommation, le reste de la plante (feuilles, tiges…) pouvant être toxique.
Finalement, depuis 2005, les gouvernements ont levé les interdictions et le kava est à nouveau exploité en Occident. On le trouve sous 8000 formes différentes.
La grande question est de savoir si le Vanuatu fera face à cette nouvelle demande? Ne sera-t-il pas de nouveau victime des caprices de la mondialisation?

En attendant, les Ni-Vans produisent le kava, pour leur consommation interne et celle des pays dont le sol ne produit pas une bonne qualité de Piper : Fidji, Tonga, Nouvelle Calédonie, Wallis… On a assisté à sa préparation qui a évolué vers une « mécanisation ». En effet, la mastication n’est plus guère de mise afin de produire le jus amer. Souvent les Ni-Vans lui préfèrent un petit moulin manuel en métal. Partout sur les routes, des bars à kava allument une lampe à pétrole pour signifier que le breuvage est prêt. Les hommes du quartier descendent et s’y retrouvent. Les femmes qui étaient interdites de consommation vont y chercher un litre qu’elles emportent pour le boire entre elles à l’abri des regards. Mais il est beaucoup plus fréquent de voir les hommes deviser autour du kava tandis que le soleil se couche. La trop grande consommation engendre la paresse et un laisser-aller préjudiciable aux familles. Les jardins ne sont plus entretenus et les herbes folles remplacent peu à peu le taro, l’igname, le manioc et la banane. L’homme revient à la maison trop « fatigué » pour songer à « faire des bébés »… Et la femme prend le relais dans les tâches du jardin pour continuer de nourrir la famille.

Tous les hommes n’y sont pas addicts, et la plupart de ceux qui désirent prospérer se limitent à un « shell » par jour, comme un homme occidental s’offrirait une « petite mousse » en fin de journée. Les bars à kava sont la version « populaire » de l’endroit de consommation, mais dans les villages coutumiers, c’est le Nakamal ou gamal qui fait office de place de ralliement des hommes qui discutent du bien de la communauté autour du « bol » de kava.

A Port Vila, les bars à kava ouvrent à la tombée de la nuit. Version moderne avec enseigne lumineuse ou version archaïque en sortie de la ville où l’électricité ne dessert plus les huttes et où la lampe à pétrole garde tout son usage.

Gageons que le kava remplace l’alcool, dans les habitudes des Ni-vans. Le kava étant moins cher, il a toutes ses chances. Par contre, lorsque le kava est consommé en même temps que l’alcool, ou certaines drogues du type Kanabis, les conséquences sont désastreuses. Elles engendrent des comportements incontrôlables dans un premier temps, et dans un second, la santé est mise en péril.

Voici donc un rapport bien « théorique » sur la question, car je répondrai à celle qui vous brûle les lèvres: « y a-t-on goûté? »
Au risque de vous décevoir : non! Il suffit de s’intéresser à sa préparation pour vous en ôter toute envie…

A plus, pour d’autres clin d’oeil du Vanuatu
Nat et Dom
Nat&Dom

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Nat&Dom

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