VANUATU : Pentecote us et coutumes le NAGHOL

» Publié par sur 4, Juil 2012 dans Escales, Vanuatu | 0 commentaire

VANUATU : Pentecote us et coutumes le NAGHOL

Bonjour,

Afin de vous emmener dans le monde si particulier du Naghol voici un extrait de la lettre d’escale à paraître bientôt.

Dans la longue, très longue liste de coutumes étranges auxquelles on peut assister au Vanuatu se trouve le Naghol, il a lieu en avril/mai, sur l’île de Pentecôte. On trouve leur performance sous diverses appellations : « land diving » en anglais, saut de Gaul en français et Naghol (aux diverses orthographes) en langue locale.

La légende à l’origine de cette coutume, met en scène, une femme et un homme.

Désirant échapper au devoir conjugal, une jeune mariée fuit dans la jungle. Se sentant poursuivie par Tamalie, son époux, elle monte au plus haut d’un banian, puis se jette dans le vide. Tamalie désireux de la rattraper se jette à son tour, mais il se tue dans la chute. Il n’avait pas vu que la rusée épouse non consentante était retenue par les pieds à une liane l’empêchant de s’écraser à terre.

Bien que la première personne ayant exécuté le saut de naghol, soit une femme, aujourd’hui, « ses descendantes » sont reléguées à la figuration. Elles dansent, pagne sur les hanches, torse nu en sifflant et en haranguant les jeunes hommes qui se soumettent à la tradition du Naghol. En arrière plan, les enfants, suivent le rythme des grelots de chevilles seull instrument « de musique » utilisé dans ce rituel. La plupart des enfants sont observateurs, l’oeil distrait, le regard imprégné d’incompréhension, voire d’une certaine crainte. Pourtant, ils n’auront pas le choix. Plus tard, les filles danseront comme leur mère, et les garçons s’élanceront comme leur père du haut de la tour.

Outre la vengeance de leur « frère », les hommes de Naghol sautent dans l’espoir de rendre la terre fertile et que la récolte d’ignames soit bonne. Le but est de toucher la terre de leur épaule et de leur tête. Car si cette coutume ressemble étrangement au saut à l’élastique, le résultat en est tout autre. Dans le cas du sport moderne, tout est prévu pour vibrer, frissonner, mais surtout ne pas toucher terre! Dans le cas du Naghol, les lianes reliées à une extrémité à la tour, et à l’autre aux chevilles des sauteurs sont prévues pour que celui-ci touche terre. La stratégie la meilleure afin de « limiter » la casse, serait de s’élancer le plus loin possible de la tour. Les lianes se détendent complètement, amortissent le choc, puis par effet de rebond, le sauteur atterrit sur une terre retournée et ameublie.

Je vous assure que lorsque vous êtes sous la tour, vous crissez des dents en entendant le « boung » sur la « terre amollie ». Dom est monté en haut de la tour, « pour voir ». Il a non seulement remarqué que la structure était extrêmement fragile, mais à cette hauteur, il faut plus que du cran pour s’élancer! La consommation de kava ne permet pas la totale amnésie de la peur. Ceci explique sans doute, les « joints » qui se passaient de bouche en bouche juste avant les sauts (!)

L’office du tourisme détesterait ce qui va suivre, mais il faut que je vous dise tout. Ces sauts sont extrêmement dangereux. Sur le temps de notre séjour à Pentecôte, les lianes de deux hommes se sont rompues. Le premier est paralysé, le second s’est relevé groggy, mais on l’a vu quelques heures après le saut, il souriait, et n’avait pas « d’effets secondaires ». Pire, Air Vanuatu n’a pas voulu « évacuer », le jeune paralysé vers Port-Vila et son hôpital. On l’a vu entouré des siens, portés sur une civière de bambous. A Port-Vila, le ministère du tourisme lui-même a empêché son rapatriement pour des raisons sombres et absurdes. Lorsque nous étions avec lui à l’aéroport, une infirmière de passage a tenté de faire bouger les choses. Elle n’y est pas parvenue. Nous ne savons pas ce que ce jeune est devenu. C’est la première fois en huit ans que nous assistons impuissants à une situation aussi absurdement injuste.

Je sens la question vous brûler les lèvres : « est-ce une attraction purement touristique? »
Non, ces sauts auront lieu, qu’il y ait des touristes ou non. Les enfants circoncis sont envoyés dans les étages inférieurs afin de prouver leur bravoure. Celui qui ne saute pas n’aura pas accès aux mêmes droits que ceux qui ont sauté. Il ne pourra par exemple pas se marier, et la femme aux Vanuatu est considérée comme une possession, une marque de richesse, tout comme le cochon d’ailleurs. Un homme prospère a une femme (voire plusieurs) et des cochons.

Si ces pratiques paraissent sauvages, et primitives, pour autant, les hommes du naghol ont compris qu’en plus d’attiser la fertilité de la terre et de prouver leur bravoure, leur coutume parmi les plus spectaculaires du Pacifique pourrait leur rapporter gros. Dans un pays pauvre, où le gouvernement n’aide guère à l’éducation et à la santé, il est important de trouver des moyens de drainer l’argent nécessaire à faire fonctionner leur communauté. Ainsi, les villages du sud se sont entendus pour dresser trois sites « touristiques ». Après les sauts du mois d’avril et de mai qu’ils exécutent en vase clos, sur leur territoire, les villages se succèdent sur les trois sites touristiques jusqu’en juin. Chaque Naghol rapporte au village des sommes pouvant aller jusqu’à 10 000 dollars, la moyenne se situant autour 6000 dollars. Cette somme n’est pas faite pour rétribuer un homme en particulier, car l’esprit communautaire de chaque village dépasse l’individualisme. Ainsi, certaines années tel village sautera pour donner l’argent à l’église, tel autre, pour construire une école, une clinique, ou encore offrir, aux élèves méritants, une bourse d’études hors de l’île (Port Vila, Nouvelle-Zélande, Australie, ou Calédonie).

Vous avez bien lu… l’argent va également à l’église, pour reconstruire son toit, ou agrandir ses murs. Malgré les coutumes animistes, les croyances aux esprits, la consommation de kava, de marijuana et des pratiques encore récentes de cannibalisme, les insulaires sont pour la plupart de fervents catholiques ou protestants. Ils sont parvenus à insérer dans leur quotidien, une religion, alors qu’ils ne se sont pas laissés faire par les prêtres et missionnaires qui ont tout tenté pour qu’ils abandonnent leurs rites et coutumes aux antipodes des préceptes de la bible…

Les hommes de la chrétienté sont pour la plupart des locaux, ils sont les gardiens de l’éducation et favorisent la scolarisation.

Demain, dernière série de photos sur le Naghol…
A plus,
Nat et Dom

Nat&Dom

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