POLYNESIE le tourisme état des lieux

» Publié par sur 5, Déc 2011 dans Escales, Niouzes, Polynésie | 2 commentaires

POLYNESIE le tourisme état des lieux

Le tourisme, une activité en berne en Polynésie

Bonjour,

Nulle part ailleurs, on ne parle plus de crise qu’en Polynésie. Elle frappe et cogne sans pitié. Le but n’est pas ici de vous faire une analyse économique détaillée du pays. Mais d’évoquer l’état d’un des secteurs qui serait des plus productifs s’il n’était pas si mal géré.

Quelques chiffres :
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Le tourisme en Polynésie française est la première ressource du pays, représentant 70 % du chiffre d’affaires annuel. Il offre presque 11 000 emplois sur une population globale de 260 000 habitants.

Entre 2000 et 2007, l’archipel drainait presque 220 000 touristes par an. En 2008, le tourisme a généré 42,5 milliards de F.CFP, soit 360 millions d’euros.

Les îles les plus fréquentées sont Tahiti, Bora Bora et Moorea. Ces trois îles concentrent près de 90% de l’offre d’hébergement en hôtellerie classée. Bora Bora compte à elle seule 12 hôtels classés, dont quatre affichent 5 étoiles et trois hôtels de 4 étoiles. Tandis que Tahiti ne compte pas d’hôtel titrant 5 étoiles et Moorea un seul du genre.

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Le tourisme polynésien subit une crise profonde et durable depuis 2006. La chute de fréquentation s’est accélérée depuis 2008, atteignant même en 2009 des chiffres inférieurs à ceux de l’année 1996, qui détenait jusqu’alors le record de la plus basse fréquentation touristique des 15 dernières années (163 774 touristes en 1996). En 2010, la Polynésie bat un nouveau record ne dépassant pas les 153 000 visiteurs. Sachant que ce chiffre englobe les touristes payants et « les hôtes » invités par la Polynésie ces derniers représentant 15% de la masse globale des visiteurs.

Quelles sont les causes d’un tel fiasco?

On lit dans les rapports officiels la liste suivante :
« – Contexte mondial et augmentation du pétrole
– diminution du taux de remplissage des hôtels, trop nombreux par rapport à la baisse de fréquentation simultanée
– réduction des rotations et des capacités de vols internationaux sur la Polynésie
– une notoriété de la destination en chute libre. »

Voici des termes très pudiques, pour expliquer qu’en réalité, trop d’hôtels ont été construits sur les lagons. Prenons l’exemple de Bora. On peut se dire que 12 hôtels, ce n’est pas beaucoup. Pourtant, lorsqu’on arrive à Bora on a tout bonnement l’impression qu’ils sont une centaine. Il y en a partout. Ils ne sont pas gênants, car la plupart du temps c’est très joliment fait. Mais, lorsque vous saurez que l’île s’étend sur 38 km², que les habitants sont au nombre de 8 992 au dernier recensement, vous conviendrez qu’une capacité de rotation de 20000 personnes par an est démesurée. Et là je ne vous parle que de l’aspect économique. Mais imaginez quelles conclusions nous tirerions si nous abordions le plan environnemental? Les déchets, le traitement des eaux usées… comment digérer tout cela?

Le « contexte mondial et l’augmentation du pétrole » ont bon dos. La Polynésie a commis parmi un nombre incalculable de petites erreurs, une grosse, très grosse maladresse, celle de vouloir monopoliser les moyens de transport ce qui a naturellement « réduit les rotations et les capacités de vols internationaux sur la Polynésie ». En 1987, la compagnie Air Tahiti est créée. Pour lui donner une chance, le gouvernement de l’époque évince toutes les compagnies de « low cost ». En situation de monopole, Air Tahiti pratique des prix peu concurrentiels sur le marché mondial. Songez que pour dix avions, ils entretiennent 140 pilotes. Le rêve polynésien s’amenuise devant un voyage fastidieux de 24, voire 48 heures, pour un tarif moyen de 2000 euros. Pendant ce temps, les destinations vers l’Asie offrent, pour le prix d’un seul billet aller/ retour entre Paris et Papeete, un séjour pour deux personnes aux pays des essences envoûtantes pour 15 jours.

Adieu donc le rêve polynésien et … « Bonjour l’Asie ».

Ce comportement du touriste de « base » ne décourage pas les autorités polynésiennes dans leur démarche. Elles se disent qu’après tout, leurs îles attireront toujours le gratin des voyageurs, et visent le haut, très haut de gamme. Le prix moyen d’une chambre basique des 12 hôtels classés de Bora est de 700 euros la nuit. Il faut compter plus de 3000 euros pour certains farés sur l’eau. Certaines bourses n’y verraient aucun inconvénient, s’il n’y avait un « grain de sable dans ce rouage du luxe ». Lorsque le rapport ci-dessus dit chastement « que la notoriété de la destination est en chute libre ». Il faut lire une réalité quotidienne : les Polynésiens sont affables, gentils comme tout, imbattables pour attirer la sympathie. Bizarrement, ce comportement que nous trouvons à chaque coin de lagon bat en retraite dans les hôtels et la restauration, par manque d’encadrement commercial. L’abord du client est timoré, le service est long, brouillon. Il n’est pas rare de se voir servir les frites au dessert (ce n’est pas une image, c’est du vécu!)

Dans ce contexte, la clientèle « haut de gamme » rechigne à revenir.

Le touriste de base part en Asie, le touriste aimant le luxe ne revient pas, il est donc normal de voir un nombre effarant de farés vides se décomposer au bord des lagons.

Non seulement la défection touristique est terrestre, mais elle est également maritime. Les paquebots de croisière quittent les uns après les autres les eaux polynésiennes, leur préférant celles des Fidjis, des Samoa, ou des Tonga plus « accueillantes ». Les règlementations mises en place par les gouvernements de Polynésie visant à amasser le plus d’argent possible n’ont pas plu aux croisiéristes. Ainsi, cette année la fréquentation des paquebots est réellement en berne.

Le résultat se fait sentir à tous les niveaux. Les artisans qui vendaient leur produit aux croisiéristes de passage peinent à joindre les deux bouts. Les statistiques annoncent par ailleurs qu’une trentaine d’hôtels vont devoir fermer leurs portes dans les quelques années à venir. Sachant que les plus grands d’entre eux fournissent jusqu’à 300 emplois, la situation à venir est loin d’être réjouissante.

Dommage, car cette destination est réellement enchanteresse…

A plus, pour d’autres nouvelles des îles
Nat et Dom

Sources :
Institut des statistiques de Polynésie française
FR 2010 Analyse ecoregionale PF Usages et pressions
et diverses lectures dans les quotidiens La dépêches de Tahiti, Les Nouvelles de Tahiti, journaux télévisés et radiophoniques
Nat&Dom

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2 Commentaires

  1. nous sommes arrivés à Tahiti depuis 5 jours et c’est un constat affligeant 5 ans après votre étude de crise du tourisme en Polynésie. Nous pensons écourter notre escale du tour du monde et partir rapidement sur Los Angeles. Quelle déception ! de plus la météo est à la pluie toute la journée, pas de lagon éclairé, c’est déprimant de voir une telle saison de pluies. Avez-vous eu un suivi depuis votre passage ici ? vos photos sont magnifiques , espérons que le soleil arrive …

    • Vous avez choisi la saison des pluies pour visiter Tahiti, il est normal qu’il pleuve… Tout dépend du temps que vous avez pour faire votre tour du monde… Il faut savoir apprécier, chaque escale pour ce qu’elle donne. Le tourisme en Polynésie allait mal, certes, mais c’est pas la peine d’en rajouter. Pour moi, la Polynésie, ça reste les plus belles îles du monde, avec les plus belles couleurs, et la plus belle lumière. La Polynésie, ce sont 118 îles, et il n’y a pas que Papeete, et Tahiti. Toutes les îles offrent leur caractère, leur accueil. Et l’accueil en particulier en Polynésie, pour le savourer tel qu’il est demande d’aller à la rencontre de la population. Qui est affable, naturellement gentille. Cette population reste dans mon coeur, comme la plus gentille du monde. Alors tout dépend ce que vous cherchez. Si vous êtes pressés, et n’avez pas le temps d’attendre le retour du soleil. C’est certain que vous aurez une vision tronquée … Un tour du Monde demande du temps… Parfois, il vaut mieux faire un grand beau voyage dans une contrée spécifique que de courir partout …

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