MANA_TAPU_Tupuna

» Publié par sur 26, Oct 2011 dans Escales, Polynésie | 0 commentaire

MANA_TAPU_Tupuna

Le mana n’existe pas sans le tapu et inversement

Bonjour,

Depuis que nous sommes en Polynésie, je vous parle à tout bout de champ de « tapu », de « mana », de « tupuna »….

Il est vrai que ces mots, tout simples, « presque rigolos  » à l’oreille d’un Popa’a (blanc), sont dans tous les récits, toutes les légendes.
Le mot « tapu » se retrouve dès qu’une personne veut préserver son terrain, sa maison… son bien au sens large, elle écrit en grand sur une pancarte: « tapu ».

jpgkSnZdi8yCaCela suffit-il à éloigner les importuns?

Le « tapu » est très ancien dans la culture polynésienne, il réunit les deux concepts incrustés dans la conscience polynésienne : l’interdit et le sacré. Ainsi, tout ce qui comportait un « mana » était « tapu ».

Le mana est le pouvoir hérité des ancêtres, la capacité à engendrer la vie, l’abondance, la mort et la destruction. Bref, ce « mana » intimement lié au « tapu » est une autorité magico-religieuse, un prestige, une influence détenue par un ari’i (roi, chef), un guerrier ou un sorcier (tahu’a). Toujours un homme, jamais une femme. Mais le mana n’est pas une propriété liée uniquement aux êtres vivants, elle peut aussi être rattachée à certaines choses, des objets, ou des lieux.

jpgQw3j2NNsBtEn réalité, ces deux mots n’étaient pas reliés à un concept simple et défini par une bonne vieille logique qui se communiquait d’île en île. Au contraire, d’un lieu à l’autre, le mana changeait de camp, s’exprimait sous des formes différentes. Il fallait des circonstances complexes qui s’entrecroisent, s’entremêlent et s’enchevêtrent pour accéder au « mana ». Seuls les grands sorciers (tahu’a) parvenaient, par la récitation scrupuleuse de la généalogie des grands ari’i, à déterminer le niveau de mana d’une famille ou d’un de ses membres, afin de l’élever au-dessus de la population et qu’il la protège contre toute attaque.

Le niveau de « mana » était très respecté en matière de mariage. Une famille possédant une certaine force de mana, ne pouvait marier ses enfants à une famille nantie d’une catégorie moindre. D’où l’importance des chants et des récitations sur le thème de la généalogie.

Le mana pouvait prendre de la force, mais il pouvait également se perdre. Si la dégénérescence du mana était due à un contact avec un « noa » (un commun) celui-ci perdait la vie. Et le détenteur de mana quant à lui subissait un blâme pouvant aller jusqu’à l’ostracisme. Le mana pouvait se renforcer, par exemple lors de faits de guerre et de prises de guerriers adverses. Le vainqueur acquérait leur mana en « gobant leurs yeux » après la mort de ceux-ci. C’est aussi pour cette raison, pense-t-on, que le cannibalisme existait. Manger le guerrier de la tribu adverse était un apport de mana supplémentaire.

Un ari’i nanti d’un très grand mana était, avec le temps, porté au rang de dieu, cette filiation divine offrait à ses descendants un « mana » d’autant plus puissant. Le « mana » s’emparait aussi bien d’un ari’i que d’un guerrier, ainsi les armes n’étaient efficaces qu’en fonction du statut du guerrier et non de la qualité de l’arme elle-même. Il en était de même pour un sculpteur de pirogues ou de tiki, un bâtisseur de marae. Tout ce qui sortait des mains de ces êtres dits « exceptionnels » était forcément empreint d’une puissance supérieure qu’il fallait craindre, respecter, honorer.

Il n’existait pas de « mana » sans « tapu ».

Toute la société polynésienne séparait de manière stricte le sacré du profane ou le « mana-tapu » du « noa » (ce qui est simple ou commun). Le châtiment le plus commun en cas de transgression était la mort.

Si la moindre erreur était commise dans le protocole destiné à rendre hommage aux dieux sur les marae, il fallait immédiatement trouver une victime sacrificielle. Celle-ci devait être soit un animal, soit un humain de sexe masculin obligatoirement, car les femmes étaient déclarées impures. Parmi les animaux « sacrés » offerts aux dieux, l’on trouvait les requins, les tortues, les thons, les mahimahi, les chiens, les cochons. Les femmes ne pouvaient pas consommer ces animaux. On en déduira qu’au temps des Maohis, pour cause de « mana » et de « tapu », les femmes étaient quasiment végétariennes. Elles mangeaient toujours séparément des hommes. Les enfants aussi.

Les hommes dont le mana était particulièrement puissant étaient portés sur les épaules de serviteurs désignés à leur service, afin que le chemin qu’ils foulent ne devienne pas tapu à tous les « noa » (communs) de la société. Les ari’i au mana puissant ne portaient jamais les aliments à leur bouche, seuls les serviteurs étaient en droit de le faire.

Tous ces protocoles, liés au tapu et au mana ne cessèrent d’étonner les premiers observateurs européens. Avec pour chef de file, James Cook, qui lors de ses trois voyages consigna toutes les pratiques des « indigènes », c’est par lui que le mot « tapu » entra dans la langue anglaise. Il l’écrivait « taboo » et plus tard les Français reprirent le mot l’orthographiant comme nous le savons.

Avec l’arrivée des premiers missionnaires, toutes ces pratiques furent qualifiées « d’impures ». Au détriment des chefferies traditionnelles, le Dieu Tout Puissant des Occidentaux arriva, tout naturellement, en tête du classement du Mana. Sur les pasteurs, détenteurs de la bible, rejaillit une grande part de « mana », évinçant l’ancien, considéré comme satanique. Les Polynésiens se précipitèrent en rang et en chantant des Himene dans les Eglises. Pourtant, plus de deux siècles après l’entrée fracassante des missionnaires dans la société des îles des Mers du Sud, le mana et le tapu ne sont pas complètement oubliés.

On voit encore, sur les marchés, des guérisseurs proposant des bouteilles renfermant de curieux mélanges. Le mana des plantes médicinales n’a pas totalement disparu (en tahitien ra’au tahiti, plante médicinale). Le mana de certains lieux inspire encore la peur, ainsi à Tahuata, lorsque maladroitement je touche du bout d’un bâton les crânes cachés dans un marae, nos amis me regarderont comme si j’étais une pestiférée. Le mana des tiki est toujours bien présent. Les hommes se feront tatouer un tiki sur l’épaule gauche et pas la droite, ou inversement, car les yeux ouverts du tiki les emporteront vers le destin qu’ils espèrent. Ailleurs, il faudra prendre mille précautions pour pénétrer sur tel marae… Ne pas prendre de photo sur tel autre…

Les missionnaires ont imposé un dieu unique aux Polynésiens, mais derrière l’ancien et le Nouveau Testament se cachent des manas encore puissants, qui ne sont pas près d’éteindre les tapus d’antan!

A plus pour des nouvelles des îles
Nat et Dom
Nat&Dom

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